Action 6 : Le prix de la construction et l’auto-construction

De Economie Solidaire Brest.

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Version complète de l'atelier

Vendredi 11 avril 2015 à la Maison pour Tous/ Centre Social de Landerneau.

  • Atelier de travail, 14h-17h
  • Table-ronde , 18h-20h

mené par l'Association de Développement de l’Économie Sociale et Solidaire du Pays de Brest (Adess) et le Laboratoire d'Études et de Recherches en Sociologie (Labers EA3149) de l'Université Bretagne Occidentale, Brest

Financé par La Région Bretagne

Intervenants:

  • LE GOFF Yvan : La Cie Rit (habitat groupé, Saint-Germain-sur-Ille, 35)
  • ROQUEFORT Maripol : Ecocum (habitat groupé, Loperhet, 29)
  • SERVAIN Tony : Ékoumène (habitat groupé, Brest, 29)
  • LANOE Samuel : L'Epok (coopérative d'accompagnement de projets d'habitat participatif)
  • DUVERGER Nicolas : Directeur du Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et d’Environnement (CAUE) 29
  • MATELOT Jacques : Directeur adjoint des Compagnons bâtisseurs de Bretagne (association d'éducation populaire par l'habitat)

Participants:

  • JAN Pierre-Yves (Parasol + Éco-Habitat groupé (associations d'habitat participatif)
  • CARDUNER Daniel (Approche Eco Habitat + Anat eo (projet d'habitat participatif, Concarneau))

Organisateurs :

  • SOUDÉE Noa (Association de Développement de l'Économie Sociale et Solidaire, Pays de Brest)
  • CARIOU Émilie (Association de Développement de l'Économie Sociale et Solidaire, Pays de Brest)
  • SERVAIN Pierre (Laboratoire d'études et de recherche en sociologie, Brest + Ékoumène, projet d'habitat groupé, Brest)
  • ROUX Nicole (Laboratoire d'études et de recherche en sociologie, Brest)


Présentation de l'atelier

Parmi les leviers pour baisser les coûts de construction, l'autoconstruction figure parmi les solutions les plus souvent utilisées par les groupes d'habitats participatifs. Certains autoconstruisent entièrement ou presque leur habitat, d'autres se limitent au second œuvre, voire aux finitions, et rares sont les groupes qui ne participent pas à la construction physique de leur habitat. Cette économie peut être substantielle, de l'ordre de 20% s'il s'agit des gros travaux, selon l'Agence Départementale d'Information sur le Logement 26 (Adil). Elle peut permettre de boucler des budgets en manque de trésorerie, de financer des locaux communs, d'améliorer la qualité écologique du bâti, ou d'accueillir des habitants moins argentés. Elle est aussi l'occasion pour les habitants de gagner en compétence technique, ce qui pourra être utile par la suite pour l’entretien du bâti, et de s'approprier leur habitat dès la phase de construction. Spécificité de l'habitat participatif, cette appropriation se fait collective : l'autoconstruction est ainsi le moyen de former le collectif d'habitants, dans le concret.

Mais cette économie a un coût, qu'il s'agit d'inclure dans la colonne du passif. Elle demande de l'engagement, de l'investissement en temps et en énergie : au-delà même des temps de repos et de vacances, certains mettent en pause leur carrière professionnelle. Elle est génératrice de fatigue, de stress, de tensions. Elle complique voire empêche l'accès à certains emprunts bancaires, à des assurances, des garanties, des labellisations, des subventions. Enfin, faute de compétences et de professionnalisme parmi les volontaires, la qualité des résultats techniques peuvent s'en ressentir. Et puis les bénévoles n'ont pas forcément l'efficacité des professionnels, ni même leurs remises aux achats de matériaux. Faut-il dès lors penser, comme l'affirment plusieurs observateurs, qu'il n'est pas évident que l'autoconstruction soit réellement rentable, au moins au point de vue strictement économique ? Quelle est la balance financière de l'autoconstruction dans l'habitat participatif ?


Présentation bibliographique par Pierre Servain, du Labers

La plupart des habitats participatifs ont recours à de l'autoconstruction. Cela concerne parfois l'ensemble de la construction, ou plus souvent le second œuvre (murs et sols intérieurs). Pourquoi une telle importance de recours à l'autoconstruction dans l'habitat participatif ? Est-ce par nécessité économique ? Serait-ce à dire que l'habitant participatif moyen serait particulièrement peu argenté ? Ou bien s'agit-il d'un autre type de motivation, davantage lié au sens de la démarche ?

En effet, construire ensemble son habitat, c'est déjà le réaliser dans le mode participatif, du faire soi-même, du faire ensemble – et bien souvent de l'écologie. Ce qui fait raisonner le mot du philosophe Heidegger, qui écrivait « bâtir, [...] n'est pas seulement un moyen de l'habitation, une voie qui y conduit, bâtir est déjà, de lui-même, habiter  ». En l’occurrence, construire ensemble l'habitat, c'est aussi construire le groupe d'habitants, c'est construire le collectif. Cette seconde hypothèse se combinerait avantageusement avec l'idée de plusieurs observateurs quand ils affirment que l'autoconstruction n'est pas réellement rentable financièrement parlant, surtout s'il ne s'agit que du second œuvre. Ils ont plusieurs arguments à leur actif.

Mais, au lieu de trancher entre la motivation économique et celle du sens de la démarche, notre propos est plutôt de dire qu'il serait absurde de nier l'un des deux mouvements.

  • L'argument économique est certain, quand on voit le nombre de groupes qui comptent sur l'autoconstruction pour boucler leur budget, et qui n'auraient pas la trésorerie suffisante pour construire sans ce levier.
  • L'argument du sens est aussi certain, quand on voit que des groupes préfèrent autoconstruire plutôt que de renoncer à la qualité de leur habitat.

Au carrefour de ces deux motivations, notons que l'autoconstruction la plus courante concerne celle des espaces communs de rencontres (la salle commune, l'atelier...), c'est-à-dire, le plus souvent, à la fois l'espace le plus fragile sur le plan de financement, et à la fois le plus porteur du sens collectif de l'habitat.

En tous cas, si l'autoconstruction n'est pas spécifique à l'habitat participatif, l'autoconstruction pour l'habitat participatif a une spécificité importante : elle prend forme dans un projet collectif. Cela amène à collectiviser les coûts et les économies de la démarche. Cette idée est à prendre en compte si l'on dresse un bilan financier des coûts et économies de l'autoconstruction en habitat participatif. Il convient de distinguer les éléments chiffrables financièrement de ceux qui ne le sont pas (écrits en italique), mais sans évacuer ces derniers pour autant.

ACTIF - Economies PASSIF - Coûts
  • Économies financières

La main d’œuvre est estimée généralement autour de 20 % des coûts de construction (Adil) – de façon très différente selon les postes et les contextes.

  • Économies de trésorerie

Avancer moins d'argent, c'est emprunter moins d'argent à la banque, et donc alléger les prêts.

  • Mutualisation de moyens
* L'investissement dans des outils et des matériaux connaissent des effets de seuil : à plusieurs, on peut acheter (ou louer) du bon matériel, plus rentable à l'usage.
* Cela permet des achats en gros
* Enfin, les compétences sont aussi des services qui sont à rémunérer si on ne les possède pas soi-même : réunir plus de gens augmente la chance de regrouper des compétences, et permet des formes de spécialisation. Cela peut se traduire par des formations extérieures, qui se rentabilisent d'autant plus vite.

* Gain en compétence technique Le temps de formation technique se valorise pendant le temps de chantier, et est utile pour le meilleur entretien du bâtiment (économies à venir)

* Sens de la démarche d'habitat participatif

* Construire du collectif, formation du groupe par l'expérience concrète d'une construction commune.
* Meilleure appropriation personnelle de l'habitat
* Permet de la fierté, de l'estime de soi
* Rend plus évident l'appel aux chantiers participatifs
* Permet de financer des espaces communs, de la meilleure qualité d'habitat, un habitat plus écologique

Ce qui est en italique représente des données qui ne sont pas chiffrables.

  • Temps de travail (« apport en travail »)
* Coût du travail à valoriser – éventuellement à mettre en rapport avec les salaires non perçus ou les droits consommés
* Coûts des doubles loyers pendant les travaux si le travail est plus long que celui de professionnels
* Coûts éventuel des reprises des erreurs de construction, surcoût de l'entretien si le travail a été mal fait
* Manque à gagner de l'efficacité, des « trucs » techniques et des outils des professionnels pour aller au plus vite et au moins cher
* Manque à gagner des remises des professionnels pour les matériaux
  • Ce que ça complique, voire empêche

Certaines garanties, assurances (notamment dommage-ouvrage), et autres labellisations, qui conditionnent des aides et dispositifs publics, et des emprunts bancaires

* Fatigue, stress du chantier – surtout si le chantier prend du temps

*peut provoquer des accidents
* peut atteindre la santé
* répercussions dans les autres dimensions de la vie (moins de disponibilité pour le travail, la famille, les amis, les autres engagements...)
* peut détériorer les relations entre co-constructeurs (création de désaccords, de rancœur, impression que les autres bâclent le travail chez soi, impression de travailler plus chez les autres qu'on ne travaille chez soi, travailler avec les autres en situation de fatigue et de stress...)
* augmentation du risque des évolutions humaines du groupe (départs, divorces, décès...)

Ce qui est en italique représente des données qui ne sont pas chiffrables.


Yvan Le Goff, habitat groupé La Cie Rit, à Saint-Germain-sur-Ille (35)

Pour visualiser son support de présentation : cliquez ici

La Cie Rit est un habitat de 4 familles à Saint-Germain-sur-Ille, un centre-bourg à 25 km au nord de Rennes. Il comporte 450m² de logements, et 225m² d'espaces communs : une véranda, des terrasses, des balcons, une buanderie, un atelier, et une salle commune qui va démarrer. Et, en plus, un local vélo, et un jardin avec un potager. L'un des principes premiers au départ du projet était d'aller vite. En automne 2011, ils se sont donné 3 mois pour trouver un terrain. Ils l'ont fait dans ce temps imparti. Puis ils se sont donné deux ans pour emménager. Objectif atteint : l'emménagement a eu lieu entre février et mars, 2014, même s'il reste des travaux à effectuer. La construction se fait en autopromotion : « nous voulions être autonomes sur la conduite du projet, ça nous apparaissait comme une évidence. Nous étions dans une logique coopérative, pas de hiérarchie, pas de délégation, etc. ». Dans ce sens, le groupe choisit de ne pas se baser sur une charte, mais sur des réunions régulières, une par semaine en grand groupe avant le chantier, et une réunion de 10 minutes chaque jour pendant le chantier. La phase de conception du programme architectural se base sur des allers-retours avec l'architecte, ce qui oblige à formuler clairement des positions communes, notamment sur les répartitions entre les espaces privatifs et communs, et sur les questions écologiques.

L'option du recours à l'autoconstruction s'est vite posée. Dans un premier temps, il semblait que cette option irait contre l'objectif d'aller vite : « moi, clairement, je ne voulais pas construire sur le bâtiment, parce que je voyais toutes ces familles qui se séparent, tous les copains qui sont dessus depuis 10 ans... Je me dis que j'ai un salaire correct, je préfère travailler et payer des artisans qui sont payés moins cher que moi et qui vont plus vite que moi pour faire la maison. J'étais là-dessus. Mais je me suis trompé.  » Le positionnement change quand se pose la question du budget : le premier programme dépasse largement le budget prévu, de « 350 000€ au-dessus de nos 800 000€ de budget, à 1 050 000€ du budget opération ».... Le groupe choisit alors de maintenir le programme, et de chercher à faire des économies. Cela passe par des simplifications techniques (estimation de 50 à 100 000€ d'économies), par de l'autopromotion, et de l'autoconstruction. Le principe de la rapidité est maintenu : l'objectif est fixé à un an de chantier. «  Ça voulait dire qu'il y ait une personne par foyer qui lâche son boulot pour bosser sur la maison. C'était jouable pour nous, on n'était que 4 foyers, moi j'en avais marre de mon boulot, je voulais construire un bateau, j'ai construit une maison, maintenant je vais construire un bateau. Pierre travaillait à la Fédération Nationale du Bâtiment, il voulait devenir charpentier, donc il voulait se former, donc il a quitté son boulot, il a fait 6 mois de formation et après il a attaqué la maison, Thomas voulait monter sa boîte en informatique, il a quitté son boulot, et Sabrina est enseignante et elle pouvait prendre une année de dispo, à plein temps d'abord puis à temps partiel. Donc il y a avait une personne par foyer, trois hommes et une femme. » Le groupe constitue ainsi une véritable force de travail, avec des temps plein en heures de travail classique en semaine (8h-18h), et chacun revient sur le chantier en week-end s'il le veut sur son propre appartement. Le programme est établi en avance, de façon à optimiser le temps de travail (prévision des fournitures, chronologie des postes techniques...) : le groupe s'organise comme une entreprise professionnelle. L'architecte dessine des plans en prévision de l'autoconstruction, et donne les indications nécessaires aux autoconstructeurs. Le travail de préparation du chantier a été un gros travail pour le groupe : budget prévisionnel poste par poste, répartitions financières entre les habitants, prévisionnel de chantier... Cela suppose autant de compétences de professionnels du bâtiment (analyse financière, maîtrise de la construction de bâtiments, gestion de projet, aspects juridiques, administratifs...), que le groupe possède de par leurs professions respectives, ou qu'ils vont chercher, et apprendre sur le tas. C'est lors de ce temps de préparation que se font les choix de ce qui sera autoconstruit au lieu d'être confié à des artisans : « là où c'était rentable, là où on allait ne pas y passer trop de temps, là où la prise de risque était acceptable, là où l'économie était substantielle. Les endroits où c'était à 1000€ on s'en fichait au début. Nous avons confié des postes aux entreprises pour des finitions, par exemple pour les bandes aux placo, on préférait gagner un mois de loyer plutôt que de chercher à économiser les 1000€ de travail. Nous avons pas mal discuté à savoir si on faisait le gros œuvre, c'est-à-dire la charpente, parce que c'est là où il y a une grosse économie à faire, mais la prise de risque elle est forte, surtout sur un bâtiment collectif. Tous les copains qui font des grosses économies sur de l'individuel, ils font du gros œuvre, et ils vont faire les finitions. Mais nous on ne s'est pas sentis, sur un truc de quatre logements, ça nous semblait un peu lourd. »

«  Ce qu'on a fait : réception et pose de la menuiserie fin juillet, avec un copain qui était pro et qui nous a donné un coup de main. L'isolation, le sol, les cloisons, la plomberie, l'électricité, de la maçonnerie, du bardage, du huilage, les finitions, etc. Nous avons organisé le chantier sur trois types de tâches, il y avait ce qui était commun, c'est-à-dire tout ce qui touchait à la charpente, à la toiture, aux espaces communs, là on ne posait pas la question, on travaillait tous dessus. Tout ce qui était collectif, c'est-à-dire qu'on travaillait tous ensemble mais on était chez les uns ou les autres, on faisait les cloisons, ça appartient à l'un ou à l'autre, mais on allait bosser ensemble. Et puis individuel, là où chacun se débrouille chez lui. Dans l'individuel il y a des gens qui ont fait eux-mêmes, je pense à la plomberie, l'électricité, d'autres qui ont fait appel à un artisan pour l'un ou pour l'autre. Ces chantiers moi je n'y connaissais rien, mais Pierre connaissait la plomberie, Thomas un peu l'électricité, il s'était formé, donc on a commencé chez l'un puis on a enquillé chez l'autre. Le temps de formation devenait valable sur quatre logements. On a eu plein de coups de main avec les boîtes, des gars sont restés pendant des heures pour nous livrer. J'ai entendu l'expérience d'un habitat groupé pendant les années 1980 où ils sentaient qu'ils étaient pris pour des rigolos par les entreprises et par les administrations, et nous je crois que les entreprises et les fournisseurs nous avaient à la bonne, parce qu'on était atypiques, on était sympa, et on savait ce qu'on voulait, c'était carré, et en même temps ils étaient curieux, ils revenaient en week-end en famille pour visiter. Et quand il fallait rester trois heures pour livrer des trucs, ils le faisaient. Moi j'avais fait un peu de maîtrise d’œuvre. Des fois quand on voyait tous les câbles d'électricité, ça nous faisait un peu peur... La charpente extérieure ça a été un gros morceau, parce qu'on l'a fait quasiment sans machine. On a loué quand même un machine pour la fin, à sept heures du matin, en plein hiver sous la pluie, on a commencé à jouer avec, à 16 mètres en l'air, et on l'a enlisé, on a mis deux heures à le désenliser avec le paysan à coté, mais on a réussi à construire ça, la charpente extérieure. Je pense qu'un charpentier professionnel monte ça en quelques heures à la grue, nous on a tout fait à la main, on a mis deux mois de chantier. On voulait fêter Noël dans les logements, en fait on est arrivé fin février.  »

D'autres compétences sont mobilisées pendant le chantier : des compétences techniques bien sûr, mais aussi des compétences de négociations avec les entreprises. Ce point est très loin d'être négligeable, alors que beaucoup d'autoconstructeurs achètent au prix public. « Quand on voit dans des boîtes qui vendent de la ferraille, j'ai testé avec eux, les commerciaux n'aiment pas qu'on se mette à coté de l'écran de l'ordinateur. Mais quand on arrive à le faire, on voit que la ristourne passe de 0 à 75 % dans la discussion. Chez les fournisseurs professionnels, le prix public, à 100 %, ça n'existe pas ! Ça se joue à la négo. On dit que ce que définit le prix, c'est un rapport d'offre et de demande. Ce n'est pas vrai ! Le prix, c'est un rapport de domination, c'est un rapport de classe. Les pauvres paient toujours plus cher que les riches, et celui qui domine paie moins cher que celui qui est dominé. C'était très net : sur le même produit, on envoie Sabrina – parce que c'est aussi un rapport de domination masculine – on envoie Sabrina chercher un produit, quand elle revient il est au double de quand c'est moi qui y vais. Je l'avais testé avant avec un copain qui était artisan, il m'a dit de ne pas oublier de négocier le prix, alors je négocie le prix, je dis « je suis content j'ai eu 30 % », il me regarde et il me dit « d'habitude j'ai toujours 70 % !» Il faut savoir comment ça marche. Je me suis retrouvé à faire du théâtre, du sketch, je me suis retrouvé à me faire masser par un commercial qui voulait montrer des gestes et des machins, des fois c'est du théâtre, ça fait partie du jeu, même si c'est parfois soûlant, et épuisant.  »

Le fait de construire à plusieurs constitue des effets de seuils : « nous avons pu acheter du matériel professionnel, nous devons avoir plus de 7 000€ de matériel, nous n'avons pas une visseuse de moins de 400€. On ne l'aurait jamais fait si nous avions été en individuel. Nous avons du matériel qui vaut cher mais qui a été largement amorti, et divisé par quatre, parce qu'on est quatre foyers, ça fait que nous avons 75 % de réduction sur tout le matériel. »


Au final, le groupe a réussi à tenir dans ses prévisions budgétaires. Ils estiment à 200 000€ d'économies sur les logements, et 50 000€ sur les espaces communs. Cette économie vaut la comparaison avec un coût du travail à valoriser : «  moi je considère qu'on a gagné 70 000€ chacun en un an de travail : je n'ai jamais gagné ça en salaire ! » On mesure l'importance de cette économie quand on sait qu'il s'applique sur un budget total de 800 000€.


«  Pour finir, je me suis rendu compte que quand on présentait cette expérience-là à des gens, ça avait un effet inverse de ce qu'on voulait, ça avait un effet démobilisateur. Alors que pour nous, ça a été facile. Pour moi ça a été facile du début à la fin. On n'a pas eu d'accident de parcours, on n'a pas eu à faire face à des choses trop compliquées. En fait c'est parce qu'on a appris petit à petit. C'est ce que Le Strat appelle une montée collective en capacité, progressive. Le fait d'être en groupe, le fait d'avoir le temps, c'est monter comme ça doucement, et ça marche. Je crois que ce qui garantit la réussite, c'est de se donner des objectifs à notre portée. On n'a pas mis l'échelle trop haute, à chaque fois c'était accessible, avec nos compétences et nos moyens, avec les copains qu'on avait autour, et les coups de main, etc. Nous avions des compétences avant ce projet, mais nous avons beaucoup appris sur place. Moi je n'y connaissais rien à l'aspect juridique ou administratif, Thomas s'est formé à la compta, aux normes, … On a associé des compétences. Et nous on se dit que c'est juste un habitat, ce n'est pas tous nos fantasmes, tous nos rêves, toutes nos utopies, on ne peut pas tout mettre là-dedans. On a plein d'autres projets, nous sommes investis dans plein d'autres choses. Du coup ça a été simple. Il y a une vraie prise de risque, il y a des assurances qu'on n'a pas prises, des garanties qu'on n'a pas eues, mais on a essayé de le faire en se disant que si on a un problème, qu'est-ce qu'on est capable d'assumer et qu'est-ce qu'on n'est pas capable d'assumer. La charpente on ne le sentait pas, on a fait intervenir un charpentier, et il y a plein d'endroits, si ma plomberie pète, qu'il y a des fuites partout, je vais me démerder, avec le placo je serais emmerdé, mais je sais que je serais capable de l'assumer. On avait effectivement des compétences dans le groupe, et des ressources autour de nous aussi, pas mal de copains qui étaient dans le bâtiment, qui faisaient des échanges, ou du conseil, ou du matériel. Cette idée de maîtrise d'usage, c'est que l'on a personnalisé tout ce qu'on a fait. On a été maître d'ouvrage, maître d’œuvre, et maître d'usage. On a fait une vraie économie, ça c'est clair. On se sent tous plus autonomes et plus capables de faire des choses. Moi j'ai toujours été attaché à cette idée d'autogestion, mais je vois bien que aujourd'hui, que je recommence à travailler, à avoir d'autres projets professionnels, je les aborde différemment. Ce qui nous a réuni, peut-être pas tous dans le groupe, mais quand même, c'est la volonté et l'expérience politique, on l'avait dans le mouvement coopératif, le mouvement associatif, un peu militant, un peu anar, avec des choses organisées, des méthodos, et tout. Pour moi il y a une dimension politique aussi dans le fait de le faire. C'est aussi une forme de résistance. Il y a un certain nombre de choses aujourd'hui qui nous incite à ne pas le faire. Nous, notre expérience, c'est que l'autogestion ça se pratique, ça fait pas peur, ça ne fait pas mal, ça s'apprend. Ça s'apprend sur des objets assez simples, et quand on sait le faire sur des objets simples, on peut le faire sur des objets plus complets. C'est une façon d'agir sur le monde. Un truc que je dis de plus en plus, c'est que tout ce qu'on a fait, si on nous avait dit au début qu'on allait faire tout ça, on ferait comme tous les gens qu'on rencontre et qui viennent nous visiter, on aurait dit « c'est trop compliqué, ce n'est pas pour nous, c'est trop dur ». Mais on a appris au fur et à mesure. On a appris en avançant, étape par étape, et à chaque fois les marches étaient accessibles. »

Samuel Lanoë, de l'Epok, coopérative d'accompagnement de projets d'habitat participatif

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«  J'ai été amené à travailler avec toute l'équipe de la Cie Rit sur leur modèle économique, à essayer de simuler combien le même produit immobilier aurait coûté sur le marché, clé en main, avec un promoteur constructeur. Ça s'inscrivait dans une étude qu'on a menée pendant 3 ans, une recherche-action sur l'habitat participatif et l'accessibilité au logement, où il y a eu un gros axe qui a été de comment mobiliser les bailleurs sociaux et les aides au logement institutionnelles dans le cadre de projets en habitat participatif. En voyant toutes les difficultés qu'on a eu à mobiliser toutes les aides institutionnelles et à les adapter aux contraintes de l'habitat participatif, on s'est dit qu'il serait intéressant de se demander comment on ferait sans ces aides institutionnelles, pour quand même faire du logement plus accessible que ce qu'il y a sur le marché, et dans le cadre du logement participatif. On voit que la mutualisation par les espaces communs, ça ne réduit pas tant que ça les mètres carrés, les économies générées sont un peu négligeables. Ce qui est un vrai levier, c'est l'autopromotion et l'autoconstruction.  »

Le travail a ainsi consisté à retravailler le bilan financier de la Cie Rit pour pouvoir le comparer à des bilans de promoteurs, dans des conditions reproductibles : réaffectation des postes selon les postes conventionnels, conversions en hors-taxes, ajustement de certains chiffrages dues à des cause non reproductibles (par exemple un malentendu sur l'honoraire de l'architecte), prise en compte du fait que les professionnels n'ont pas les mêmes tarifs de fournitures, ni les mêmes obligations (par exemple les assurances dommage-ouvrage, les coordination Sécurité Prévention Santé, et puis les marges, les frais de commercialisation...), ni les mêmes taxes, les même coûts du travail, les mêmes conditions d'emprunts bancaires, que des autoconstructeurs non professionnels.

«  L'apport main d’œuvre, c'est-à-dire l'autoconstruction, c'est un peu délicat à évaluer. Nous avons essayé de trois manières. Une première manière à été de prendre le coût des matériaux et d'appliquer par une règle de trois les indices BT. Il y a des indices dans le bâtiment qui disent, par lot de construction, la plomberie, la charpente, etc., la part main d’œuvre correspond à tant de pour-cent du montant des travaux. C'est des estimations statistiques, mais elles sont apparemment assez fiables. Là, sur les différents lots qui ont été pris en charge par la Cie Rit, on était grosso modo autour de 40 % de matériaux et 60 % de main d’œuvre. En faisant une règle de trois avec le montant des travaux, on estime la part main d’œuvre à 249 000,45€ hors taxes – auquel il faudrait ajouter la marge. Deuxième méthode, c'était de comparer ce qu'avait prévu l'architecte sur son APD, donc le plus abouti, et voir l'écart qu'il y avait avec le réalisé. On arrive à 256 334€. Et une troisième méthode, c'était une évaluation de voir quatre équivalent temps plein sur une année, et que dans le bâtiment on a un ouvrier du bâtiment qui pèse 90 000€, avec 40 % de matériaux là-dedans, et puis le reste en travaux, et qu'en faisant une estimation on arrivait à 254 000€. Les trois méthodes se recoupent. Donc, empiriquement, on a dit 250 000€ d'économie par l'apport main d’œuvre. Ce qui fait que quand on passe du scénario de la Cie Rit en autoconstruction à l'équivalent constructeur, on passe de 472 000€ à 694 000€. Sur le coût total du projet, on passe de 821 000€ à 1 249 000€ en TTC. Et si on ramène ça au prix au mètre carré par logement, on passe de 1 826€, ça c'est le prix réalisé et ajusté de la Cie Rit, à 2 778€, ce qui est un peu plus cher que le marché local sur du BBC, mais je pense qu'au niveau matériaux vous avez pris des choses qui sont au-delà des standards.  »

De ces données, l'Epok peut comparer trois budgets à partir du bilan de la Cie Rit : un budget en autoconstruction, un second avec une construction par des entreprises, un troisième avec une opération clé en main par un promoteur. Samuel met en évidence l'effet boule de neige du coût de la construction, puisque tous les augmentations suivantes se font par pourcentages, qui se répercutent en bout de course par des frais exponentiels d'emprunts bancaires. « Le produit qu'ils ont construit à 180 000€ leur aurait coûté 297 000€ sans autopromotion ni autoconstruction. Ils n'auraient pas pu se le permettre. »

Encore faut-il avoir les compétences nécessaires pour assurer cette autopromotion et cette autoconstruction. « Évidemment, quand on parle à un groupe de seniors, cette solution ne leur apparaît pas trop pour eux : il faut être jeune et en bonne santé ! On trouve des produits en PSLA sur le marché local qui sont de cet ordre-là, de 1 800 à 2000€ du mètre carré. C'est du logement aidé, avec de la TVA à 5,5 %, et une exonération de taxe foncière pendant 15 ans. Il y a ça qui est à prendre en compte et à mettre dans la balance. »

Enfin, Samuel Lanoë relativise les économies perçues en rappelant qu'il faut comptabiliser les coûts du double loyer et des déplacements pendant le temps du chantier, ainsi que le manque à gagner en terme de salaires ou de droits perçus. À la controverse de l'utilisation des droits au chômage pour prendre du temps à construire un logement, l'Epok suggère à la Fondation de France de mettre en place des revenus de subsistance pour des ménages modestes le temps de cette construction, pour éviter d'avoir à enrichir des banques par des emprunts supplémentaires.

Maripol Roquefort, de l'habitat groupé Ecocum, à Loperhet (29)

« Nous, c'est un projet complètement différent, c'est des maisons individuelles qui sont construites. Nous avons commencé par un chantier collectif qui concerne la phyto-épuration. Nous avons choisi d'avoir une phyto-épuration d'abord pour des raisons écologiques, mais on s'est posé aussi la question du coût, parce que par autoconstruction ça nous coûtait 12 000€ pour 10 maisons, et le raccordement aux égouts qui passent juste en bas de notre terrain, c'était 40 000€. Mais nous avons eu un raccordement exigé par la mairie en cas de dysfonctionnement. Donc, notre phyto nous revient à 16 000€, sans compter le temps de travail, 15 jours de travail. Avec une dimension écologique qui est là, et une dimension pédagogique, parce que des écoles sont venues pour voir ça. Autre chantier collectif, qui concerne tout le monde, il y a eu la buanderie, qui existait déjà, et une fenêtre qui a été démontée qui a été transformée en ouverture en porte vitrée, et le parquet qui a été enlevé pour arriver sur le béton. »

« Autrement, tous les chantiers collectifs sont à l'intérieur des maisons individuelles, avec une partie d'autoconstruction qui est très variable d'une maison à l'autre. Par exemple une personne de 65 ans a dit qu'elle se gardait la peinture à l'intérieur, et une personne a dit qu'elle ferait tout en autoconstruction, parce que c'est son trip, et il est parti choisir ses arbres dans les bois, et travailler avec une scierie mobile, en accompagnement avec un charpentier qui fait de l'accompagnement de chantier de A à Z, qui estime que sa maison lui revient à 1000€ du mètre carré, et 2000€ si ça avait été clé en main. Et puis on est plusieurs à faire d'autres choix. Je me rappelle de réunions chez l'architecte, on s'est dit que pour rentrer dans nos 100 000€, c'est pas compliqué, il fallait faire de l'autoconstruction ! Mais en fait c'est quand même du coût de faire de l'autoconstruction, ce n'est pas seulement retirer ça du budget, c'est aussi trouver des compétences, et du temps, et du savoir-faire, et beaucoup d'organisation. »

« Mais finalement chaque foyer est maître de son chantier, chez soi, avec les autres qui veulent bien aider. C'est de la propriété individuelle. Le terrain est en copropriété, et nous sommes propriétaires de la maison. Il y a un archi pour six maisons et un autre archi sur deux maisons, juste pour faire les plans. Et puis il y aura un troisième archi pour la future maison, si ça se fait vraiment. Les grosses différences, c'est que du coup on a des maisons individuelles, on n'a pas tous le même investissement, le même intérêt à investir notre temps dedans. Ceux qui habitent déjà sur place, quelque part ils ont déjà fini, ils ont envie d'investir les lieux autrement, dans l'aménagement extérieur plutôt que dans les constructions... Quand il y a un bâtiment collectif, on est obligé de voir les choses dans un ensemble, tandis que dans des maisons individuelles ça n'a rien à voir. Au niveau des coûts, ça n'a rien à voir non plus. On n'a pas beaucoup mutualisé pour des raisons d'emploi du temps. Nous on se retrouve avec un parquet qui est là depuis 3 ans dans notre maison, parce que ceux qui allaient aménager en étaient là à un moment donné, on a fait une commande commune d'un parquet à pas cher, mais qui nous embête depuis trois ans, parce qu'on tourne autour, on le déplace. Commander tous ensemble, c'est s'embêter avec du matériel alors qu'on n'y est pas. La mutualisation, ça peut être pénalisant, si on n'est pas bien organisés, bien synchro. Nous on a plein de copains qui veulent bien nous aider, mais on leur dit « non, ne venez pas », parce qu'on n'a pas la compétence de départ pour organiser le truc. Je crois que le premier truc à prendre en compte, c'est son tempérament, et ses compétences, pour savoir ce qu'on va faire. En groupe, on peut voir ça ensemble, sauf que au départ on se disait qu'on allait tous travailler les uns chez les autres, et en fait tous les chantiers ont commencé en même temps. Donc, comment on se répartit le temps ? Sachant qu'on n'a pas fait ce choix-là d'avoir un membre disponible par foyer. Et puis il arrive des imprévus, enfin des choses auxquelles on n'avait pas pensé et qu'on avait pourtant prévu, il y a eu deux enfants qui sont arrivés, et finalement le temps de famille est tellement important dans ces années-là qu'on a décidé de ne pas le sacrifier. Ça fait durer. Nous avons commencé il y a 4 ans et demi. On n'y habite pas encore. Nous n'avons pas de loyer, donc on n'a pas cette pression-là. Mais le temps joue sur la motivation. Ça crée des décalages avec ceux qui sont installés. Eux ils aimeraient bien qu'on soit là, parce qu'on ne partage pas les mêmes choses. Et le temps fait évoluer le groupe, il y a eu un décès, un divorce, un couple recomposé... En plus, il y a eu des professionnels qui ont mal fait leur boulot, en l’occurrence le couvreur, qui est le même pour 6 maisons, qui a mal fait son travail sur au moins 5 maisons, avec des interruptions de chantier en plus, donc ça crée des décalages. »

Tony Servain, de l'habitat groupé Ékoumène (Brest)

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Ékoumène est un habitat en immeuble à Brest. Les aménagements ont eu lieu entre février et avril 2015. Ici aussi le recours à l'autoconstruction n'était pas forcément souhaité, mais il est apparu comme nécessaire pour ne pas trop entamer sur le programme architectural voulu. « Nous avons un budget total d'environ un million d'euros, dans lequel n'est pas inclus la partie d'autoconstruction, mais que nous pouvons valoriser, selon une estimation vue avec notre maître d’œuvre, entre 60 000€ et 80 000€. L'espace associatif n'est pas compté non plus, il est en prévision, autour de 60 000€. Il est prévu d'être en grande partie en autoconstruction aussi. Le clos couvert est prévu avec l'artisan qui a fait l'enveloppe de notre immeuble, et le reste sera en autoconstruction. »

L'autoconstruction concerne le second œuvre : « on a fait les cloisons intérieures des appartements, les sols et les peintures, c'était les choses sur lesquelles, par rapport à la prise de risque, on se sentait plus aptes. On apprend au fur et à mesure, on peut se planter sur des trucs, et ce n'est pas grave, il suffit que l'on se le dise et qu'on ne s'inquiète pas. La plupart des personnes dans le groupe, je peux en témoigner personnellement, n'étaient pas du tout bricoleurs, et même pas forcément intéressées par le fait de mettre la main à la pâte, et en même temps il y avait une force du groupe, qui est un groupe qui est habitué à travailler ensemble sur des projets, pour se dire qu'on apprend ensemble. Si on avance, ça marche, si on doit redescendre on redescend, et on remontera. Pendant tout le temps de l'autoconstruction on a eu le sentiment de fonctionner un peu comme ça : un pas en avant, deux pas en arrière, trois pas en avant... Je pense que le fait d'être en autoconstruction, pour beaucoup des foyers, on a été plus loin que ce qu'on pensait pouvoir faire. Il y a des trucs auxquels on n'avait pas pensé au départ, et en faisant, on a appris au fur et à mesure, et des idées sont apparues pendant la construction. Et puis j'ai le sentiment que ça a permis de faire vivre le bâtiment avant même qu'il soit fini. Je suis persuadé que les murs vont garder une trace, une mémoire de ce qui s'est passé pendant l'été, pendant le chantier participatif, où on a eu l'aide de plein de personnes, l'autoconstruction n'a pas été qu'interne au groupe, il y a tous les réseaux des uns et des autres qui sont venus. Ça a été quand même assez important. Il y a eu une espèce d'émulation qui n'est pas chiffrable, mais qui est vraiment sensible. On peut dire qu'on habite l'immeuble depuis le début de notre participation à notre chantier. »

Jacques Matelot, des Compagnons bâtisseurs de Bretagne

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Les Compagnons bâtisseurs assurent l'accompagnement dans des projets collectifs d'autoconstruction et d'autorénovation. Le projet de Langouët, centre-bourg en Bretagne, est un des gros dossiers du moment. Il s'agit de la construction de 10 logements, dans le cadre d'un lotissement communal, dans un programme qui compte aussi 25 lots libres, et 6 locatifs sociaux. « L'objectif, c'est une posture offensive sur l'autoconstruction, c'est-à-dire qu'on veut qu'on veut participer au sujet de recourir à l'autoconstruction pour faire accéder des personnes à la propriété. Ce n'est pas qu'on soit pour la propriété à tout prix, ce n'est pas ça, mais c'est pouvoir faire accéder des personnes à la propriété alors que sans autoconstruction elles ne peuvent pas accéder du tout. »

« Aujourd'hui, de plus en plus d'habitants se sont lancés dans l’acquisition de réhabilitation de logements parce qu'ils ne peuvent pas acheter neuf. Les logements les moins chers sont ceux où il y a le plus de travaux. Mais il y en a plein qui n'y arrivent pas, pour plein de raisons diverses et variées, notamment parce qu'ils n'ont pas les compétences nécessaires. Et je peux vous dire que ces personnes-là peuvent descendre très très bas. Nous, on travaille pour aider ces personnes à réhabiliter leur logement, à trouver des solutions. »

« L'effet levier c'est pour les habitants, c'est la solvabilité du projet d'accession. Le coût moyen du logement du projet, c'est 135 000€ pour des maisons individuelles T4 de 85m², terrain compris, TTC, en VEFA, tout compris. Le même bailleur vend entre 1900 et 2000€ le mètre carré. La démarche qu'on veut développer, c'est de faire 70 à 75 % d'autoconstruction, ce qui est beaucoup. Comme on propose ça à des personnes qui n'auraient pas pu accéder du tout, ou alors dans des conditions très risquées, en fait ce n'est pas un marché qu'on prend au marché du bâtiment, c'est un marché en plus. Ça, c'est le deal. Parce que derrière on a essayé d'embarquer aussi des collectivités et des partenaires qui sont très sensibles, et à juste titre, à la problématique économique du secteur du bâtiment. Ça veut dire qu'on réserve à des personnes qui financièrement ne pourraient pas s'en passer. »

L'une des missions des Compagnons bâtisseurs est d'assurer les sécurisations. Il s'agit d'une part de l'accompagnement technique sur le chantier, ainsi que la planification, la logistique, les médiations. Il s'agit aussi des rescrits juridiques : « on a été pendant deux trois ans écrire des rescrits avec les services fiscaux et services sociaux de manière à avoir des autorisations de non fiscalisation, parce aujourd'hui l’État peut être amené à fiscaliser et à appliquer la TVA aux échanges entre les habitants collectivement qui font de l'autoconstruction entre eux, en monétisant cet échange, et leur appliquant 20 % de TVA. Nous avons eu des rescrits de services fiscaux de Bretagne qui bloquent ça, et qui permettent de reconnaître l'entraide civile, concrètement. L'idée, quand on dit sécuriser, c'est pour les habitants, mais c'est aussi pour la suite. Ça nous a pris un certains nombre de temps, et d'argent, d'ailleurs. »

« On parle de techniques d'autoconstruction, mais il y a un lien entre le financier et le technique, c'est-à-dire que le fait d'avoir une décennale permet d'avoir une dommage-ouvrage, et ça permet qu'une banque accepte de financer, notamment pour des primo-accédants qui n'ont pas 30 ou 40 % d'apports. Quand vous avez peu d'apports, ce que regarde la banque c'est le risque, c'est logique, c'est légitime. Quand vous avez peu d'apports et qu'en plus vous ne pouvez pas dire que vous pouvez construire, et que ce que vous allez construire c'est assuré, on ferme. À Langouët, la décennale est portée par le maître d'ouvrage, donc Néotoa. Ce qui veut dire que quand on va revendre aux habitants, ils auront exactement les mêmes garanties qu'une entreprise, avec une décennale, une dommage-ouvrage, même si c'est eux qui ont assuré une grosse partie des travaux. Et face aux banques, à la limite, les autoconstructeurs aujourd'hui pourraient presque ne pas parler d'autoconstruction : ils disent qu'ils achètent à Néotoa, qui est connu comme le loup blanc, c'est en VEFA, donc décennal et dommage-ouvrage. »

Le projet s'adresse à des personnes qui n'ont pas forcément des compétences techniques particulières, mais une capacité à consacrer du temps à la construction, de l'ordre de 3 week-ends sur 4 et toutes les vacances pendant 18 mois. Le public visé ne peut pas se permettre de se passer d'un salaire pendant le temps des travaux. Une autre condition est une envie de s'investir sur un projet collectif et solidaire : les 10 maisons se construisent en même temps. Ce critère figure parmi les principaux pour les candidatures. Enfin, il faut tout de même avoir des apports et une capacité d'emprunt, de l'ordre de 500€ sur plusieurs années, pour financer les 135 000€ prévus. Ce budget prévisionnel de 135 000€ par logement repose sur l'autoconstruction, mais aussi sur des subventions, soit de la commune, soit de la défiscalisation, soit des collectivités publiques.

« Nous devons mobiliser des partenaires, accompagnement technique, accompagnement pédagogique, assurances, juridique, économique, en impliquant les habitants. On est sur cette posture-là, politique, qui induit un certain nombre de choix. L'un des enjeux était de mobiliser les partenaires, pour travailler la reproductibilité. Il y a un bailleur social, Néotoa, le plus grand bailleur social du département. Ensuite il y a la Ville, la Communauté de communes, le Département, la Région, et la Fondation Macif. Nous proposons à des collectivités de faire une action, et de s'obliger à résoudre des problèmes, et de convaincre par l'exemple. Nous voulons impliquer les politiques publiques dans la démarche, là on est sur la dynamique du lien social, de l'implication citoyenne, le fait d'avoir 10 familles qui font 10 maisons dans une toute petite commune, ça a des implications assez importantes. On est sur un enjeu qui vise la reproductibilité de la démarche. Ce n'est pas de le faire une fois, même si c'est tout à fait légitime de le faire une fois, l'objet c'est de le faire et, de pouvoir le reproduire après, même si ce n'est pas forcément de la même manière. Et ça ça a des implications sur les choix qu'on prend. Notamment, l'inscription dans la politique publique, ça a été inscrit dans le Plan Local de l'Habitat de la communauté de commune où ça se met en place, au titre de l'accession sociale à la propriété, et plus seulement au titre de l'ESS. Ce qui veut dire qu'on mouille les partenaires dans cette démarche-là, parce qu’on ne peut pas prendre tous les risques. L'implication forte de partenaires, collectivité et bailleur social, donc effectivement, le fait de travailler avec un bailleur social, et un bailleur social connu, si on arrive à le montrer, c'est que si on arrive à montre que ça fonctionne, un autre bailleur social ne pourra pas dire après que ce n'est pas possible. Parce que la problématique de l'autoconstruction, c'est qu'on dit toujours que ce n'est pas possible. Et c'est peut-être quelque chose qu'on pourra travailler avec vous, un des enjeux qu'on a c'est d'évaluer et de valoriser cette question, y compris auprès de la Région. »

Nicolas Duverger, Directeur du Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement (CAUE) 29

« Aujourd'hui on voit beaucoup de projets qui vont se réaliser eux-mêmes, le prescripteur c'est le magasin de bricolage qui propose des prix indus de matériaux, des modes constructifs qui sont parfois absolument pas adaptés, il n'y a pas de maîtrise d’œuvre, et c'est vraiment le rôle palliatif du CAUE d'assurer une consultance, qui dure en général une heure, qui peut être reconduite, via des croquis, via des explications techniques, via des orientations pour des artisans. C'est gratuit. C'est un dispositif qui est prévu dans le cadre de la loi, depuis Giscard, et le projet de la France des propriétaires. On a une dimension politique dans notre mission, d'accompagnement des collectivités. Il y a plusieurs façons de le faire, soit on va dans le sens de l'eau, soit on réinterroge les propriétés de faire, le contexte, et en tous cas on essaie de susciter les désirs d'expérimenter de la part des collectivités. Mais ça n'aboutit qu'assez peu en fait, on est quand même dans des procès très normés, à la fois parce que les collectivités sont soumises généralement à la loi MOP, Maîtrise d'Ouvrage Public, et aux codes des marchés publics, qui codifie les marchés publics, les normalise, et uniformise les résultats, et posent des questions d'appropriation des habitants, qui ont du mal à trouver leur compte. C'est aussi la question de la valeur d'usage, à quel moment on les intègre dans la programmation du bâtiment. On essaie de bricoler avec nos petits moyens des modalités un peu innovantes, d'appropriation, et ça porte en général plutôt sur les espaces publics que sur les bâtiments. La construction est très normée. En Sarthe, on a accompagné un certain nombre d’initiatives, par exemple de mise en peinture. C'est éloigné de ce qu'on vient de se dire, mais en même temps c'est le message politique, l'appropriation de son quotidien, de son univers domestique, qui peut passer par des petites attentions, comme des ateliers de peinture. On a fabriqué des grandes marmites, de l'ocre, de l'huile de lin et de l'huile de coude, de la peinture, distribué aux habitants, et repeignant comme ça des villages entiers. Ça, ça marche très bien. C'est aussi la réappropriation de l'espace public, via des plantations de pieds de murs, cette interface entre le chez soi et l'espace public. Le CAUE des Côtes d'Armor a organisé des ateliers participatifs, à grande échelle, sur cette thématique de l'aménagement urbain. Je pense aux ateliers participatifs de Trémargat. On constate tous le vide, le désert de ces centres-bourgs. »

« Le dernier point, c'est comment vos démarches peuvent se situer dans des projets de revitalisation des centres-bourgs. Le département vient d'envoyer un appel à manifestation d'intérêt sur la revitalisation des centres-bourgs. Une vingtaine de communes du département sont inscrites dans ce programme-là. Nous on intervient dans les premiers temps dans cette démarche-là sous un angle quasiment psychanalytique, l'aspiration des élus, et ensuite de leur faire dire qu'ils sont schizophrènes finalement, parce que ils veulent dans le même mouvement revitaliser leurs centres-bourgs, et paradoxalement ils continuent l'étalement urbain en proposant des formes d'habitat. Ma question est de savoir si cette démarche participative, cette autopromotion, pourrait ne pas aussi investir des friches, des dents creuses. On a beaucoup d'exemples anglo-saxons, à Londres par exemple, aux Pays-Bas, en Allemagne, j'ai le sentiment qu'on en a moins en France. »


Retour sur la soirée publique avec des Castors du Pays de Landerneau

En soirée, au cours d'une rencontre ouverte au public, les participants ont discuté avec des Castors du pays de Landerneau, autoconstructeurs des années 1950 et 1960, ceux-là même qui ont fit valoir l'idée d'« apport-travail » dans la loi française. Ce fut l'occasion de faire des parallèles avec l'expérience de l'habitat participatif, mais aussi des différences. En un mot, l'expérience des Castors était une construction collective afin de construire des logements individuels, alors que l'habitat participatif se veut plutôt un moyen de construire du collectif par l'habitat. Retenons deux points par ailleurs : premièrement, l'expérience des Castors s'est réduite dans les années 1960, au fur et à mesure de la mise en place des logements sociaux : l'autoconstruction était vécue comme une obligation, dans un contexte de pénurie de logement, et non comme une revendication, pour un « mieux habiter ». Deuxièmement, la principale économie de l'autoconstruction des Castors se situait dans la sérialisation des procédés de construction (des maisons identiques), ce qui semble contraire aux motivations de la plupart des porteurs de projets des habitats participatifs d'aujourd'hui.


Bibliographie

  • Trideau Anaïs : « Les solutions financières », dans « L'habitat groupé participatif ou comment vivre ensemble, chacun chez soi, une démarche difficile à concrétiser ? », mémoire de master 2 d'Aménagement, Urbanisme, Diagnostic et Intervention sur les Territoires (AUDIT), Université Rennes 2 / IAUR, octobre 2014, pp 75-80

Bibliographie complémentaire

  • Legris François : « Fiche n°12. Place de l'auto-construction et de l'auto-réhabilitation comme moyen d'accès au logement », dans Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs (Aitec) : « Dossier thématique. Le logement. Fiches thématiques et d'expériences », Aitec / Fondation Charles Leopold Mayer pour le progrès de l'Homme, septembre 2007, pp 53-55
  • Le Lay Delphine, Boé Marion, Horellou Alexis : 100 maisons. La Cité des Abeilles, Delcourt, 2015
  • Vilandrau Maurice : L'étonnante aventure des Castors. L'autoconstruction dans les années 50, L'Harmattan, 2002
  • Guiavarc'h Yohann: Construire sa maison en commun. L'aventure des Castors, Skol vreizh, n°65, 2012
  • Dourdon, Maison pour tous – Centre social de Landernau : L'aventure Castor à Landerneau. Les 523 maisons des 17 cités, Dourdon Editions, 2013


Filmographie

  • Boé Marion : La Cité des abeilles, Candela productions / France 3 Ouest, 2008, 52min
  • Dagnet J.-Y. : Auto-Eco Construction Accompagnée, www.youtube.com/watch?v=qnlyHaJdi_8&feature=player_embedded


Version succinte

10 avril 2015, Landerneau Programme E²=HP² mené par l’ADESS Pays de Brest et le LABERS EA3149 de l'Université de Brest

Financé par la Région Bretagne

La plupart des groupes d'habitat participatif ont recours, au moins en partie, à l'autoconstruction. Cela concerne parfois l'ensemble de la construction, plus souvent le second œuvre, et très souvent les espaces communs. Sans doute cela fait-il partie de la démarche participative, collective, de meilleure appropriation de l'habitat. Mais c'est aussi pour des raisons clairement économiques. Pour autant, l’autoconstruction ne consiste pas seulement à retirer des lignes du budget : cela suppose de trouver des compétences, du temps, et beaucoup d’organisation.

Pierre Servain, du Labers, propose de dresser un bilan, qui intègre des éléments chiffrables et d'autres qui ne le sont pas. Dans la colonne de l'actif, c'est-à-dire des économies, se trouvent les économies financières liées à la main d’œuvre, celles liées à la mutualisation des outils et des compétences, sans compter le gain en savoir-faire, et en sens donné à la démarche globale. Dans la colonne du passif, il s'agit de valoriser le temps de travail, éventuellement à mettre en rapport avec du salaire non perçu, le coût des doubles loyers si le chantier dure plus longtemps que prévu, le coûts éventuel des reprises d'erreurs, le manque à gagner de l'efficacité des professionnels, le manque à gagner des réductions obtenues auprès des professionnels; de plus, il faut prendre en compte le fait que l'autoconstruction peut compliquer l'obtention de certaines garanties, et par voie de conséquences certaines aides publiques ou crédits bancaires ; enfin, cela amène de la fatigue et du stress.

Les habitants de La Cie Rit, à Saint-Germain-sur-Ille (35), comptent l'autoconstruction parmi l'un des leviers principaux pour financer leur habitat à la hauteur de leurs désirs – avec l'autopromotion et le souci de la simplification technique. Cela a supposé un travail important en ce sens avec l'architecte, et une mobilisation très importante de moyens : quatre personnes, pour autant de foyers, ont travaillé pendant une année à temps plein sur le chantier, selon une organisation professionnelle. De plus cela demande d’importantes capacités : gestion de projet, analyse financière, compétences techniques du bâtiment, capacité d'anticipation, de logistique, négociation des matériaux en tant que professionnels... Yvan Le Goff insiste sur le fait que tout s'apprend en faisant, qu'il faut avancer pas à pas, de façon pragmatique, sans se donner des ambitions trop importantes au départ, mais sans avoir peur de s'engager non plus.

Samuel Lanoë, de l'Epok, coopérative d'accompagnement de projets d'habitat participatif, a cherché quant à lui à comparer le bilan financier de la Cie Rit avec un scénario sans autoconstruction ni autopromotion. Les frais augmentent vite, car ils se basent sur les coûts de construction, en pourcentage, ce qui crée un effet boule de neige jusqu'aux intérêts des emprunts bancaires. Mais, souligne-t-il, tout le monde n'a pas les mêmes compétences de départ que les habitants de la Cie Rit. Par exemple, beaucoup de groupes achètent leur matériaux à prix public, ou se contentent de réductions à 30 %, alors que « le prix public n'existe pas pour les fournisseurs professionnels ». Quant à certaines populations, tels que les seniors, le recours à l'autoconstruction n'apparaît pas vraiment possible. L'autoconstruction reste un moyen possible pour une certaine population, en concurrence avec d'autres moyens de financements, que sont les aides publiques. Plus de précisions sur le rapport de l'Epok.

Maripol Roquefort, de l'habitat groupé Ecocum, à Loperhet (29), témoigne que la construction collective ne fonctionne qu'à condition de s'organiser collectivement. Des achats mutualisés de matériaux ou d'outils peuvent devenir embarrassants si tout le monde n'en a pas l'utilité au même moment. Elle insiste par ailleurs sur les effets de chantiers qui s’éternisent, qui provoquent des effets d'usure, de démotivation, de décalage si certains s'installent avant d'autres ; sans compter que cela donne la place aux aléas de la vie : naissances, décès, séparations...

Tony Servain, de l'habitat groupé Ékoumène, à Brest, annonce quant à lui une économie d'environ 60 à 80 000 € sur un budget total d'un million d'euros, par l'autoconstruction du second œuvre. Lui aussi témoigne avoir beaucoup appris en faisant, pendant le chantier, n'étant pas bricoleur au départ. L'expérience n'a pas toujours été facile, mais elle aura contribué à former une meilleure appropriation, et de façon collective.

Jacques Matelot, des Compagnons bâtisseurs de Bretagne, entend quant à lui développer l'autoconstruction comme moyen d'accession sociale à la propriété. Parmi d'autres missions d'accompagnement de projets, le projet de Langouët comprend 10 maisons à 75 % d'autoconstruction, dans un programme qui compte aussi 25 lots libres et 6 locatifs sociaux. Ce projet mobilise plusieurs partenaires : l’Office départemental Néotoa, la Ville, la Communauté de communes, le Département, la Région, et la Fondation Macif. L'un des objectifs est de prouver la faisabilité d'une telle démarche, et sa reproductibilité. La démarche vise à débloquer les réticences des banques et des pouvoirs publics à financer des logements autoconstruits, faute de garantie : c'est le sens de la participation d'un accompagnateur technique et d'un promoteur social à la démarche. De plus, précise-t-il, l'autoconstruction n'est pas une concurrence au marché de la construction, c'est au contraire une ouverture de marché, pour un public qui ne pourrait pas s'engager sans cette condition.

Nicolas Duverger rappelle les rôles du Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et d'Environnement (CAUE). Le premier consiste à conseiller des particuliers lors d'entretien d'environ une heure. Il note ainsi le développement de personnes qui se lancent dans l'autoconstruction sans en avoir les compétences, guidés par les magasins de bricolage dont la maîtrise d’œuvre n'est pas le métier. Le second rôle est de « susciter les désirs d'expérimenter de la part des collectivités », malgré la normalisation croissante de la construction. Ces expérimentations visent à une meilleure appropriation par les habitants, principalement dans l'objectif de revitaliser les centres-bourgs.

En soirée, au cours d'une rencontre publique, les participants ont discuté avec des Castors du pays de Landerneau, autoconstructeurs des années 1950 et 1960, ceux-là même qui ont obtenu la reconnaissance de l’« apport-travail » dans la législation française. Ce fut l'occasion de faire des parallèles avec l'expérience de l'habitat participatif, mais aussi des différences. En un mot, l'expérience des Castors était une construction collective afin de construire des logements individuels, alors que l'habitat participatif se veut plutôt un moyen de construire du collectif par l'habitat. Retenons deux points par ailleurs : premièrement, l'expérience des Castors s'est réduite dans les années 1970, au fur et à mesure de la mise en place des logements sociaux : l'autoconstruction était vécue comme une obligation, dans un contexte de pénurie de logements, et non comme une revendication, pour un « mieux habiter ». Deuxièmement, la principale économie de l'autoconstruction des Castors se situait dans la sérialisation des procédés de construction (des maisons identiques), ce qui semble contraire aux motivations de la plupart des porteurs de projets des habitats participatifs d'aujourd'hui.