Action 2 : L'écoconstruction et l'écorénovation dans l'habitat participatif : coûts et économies

De Economie Solidaire Brest.

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Version intégrale de l'atelier

Vendredi 21 Février 2014, 14h-17h : Espace Steredenn, Dinan - 18h-20h : Espace Steredenn, Dinan

mené par l'Association de Développement de l’Économie Sociale et Solidaire du Pays de Brest (Adess) et le Laboratoire d'Études et de Recherches en Sociologie (Labers EA3149) de l'Université Bretagne Occidentale, Brest

Financé par La Région Bretagne


Intervenants

  • Martine LERAY (Scic Eclis : Éco-construction et Initiatives Solidaires )
  • Olivier LEROUX (Scic Eclis : Éco-construction et Initiatives Solidaires )
  • Vincent DOUSSINAULT (Arpe : Association Régionale de Promotion de l'Éco-construction en Basse Normandie)
  • Pascal GOURDEAU (Zécobatisseurs (habitat participatif à Louvigny) + Ardes : Association Régionale pour le Développement de l’Économie Sociale et Solidaire en Basse Normandie)
  • Jean-Yves BRELIVET (Maître d’œuvre + Approche Éco-habitat)
  • Pierre-Gilles BELLIN (auteur de livres + ex-maître d’œuvre)


Participants

  • Samuel LANOË (L’Epok, Parasol)
  • Christian FALIU (architecte, agence Cosmos)
  • Daniel CARDUNER (Approche Éco-habitat)
  • Pierre-Yves JAN (Éco-habitat groupé, Parasol)
  • Yoann GEORGET (étudiant)


Organisateurs

  • Noa SOUDÉE (Association de Développement de l'Économie Sociale et Solidaire Pays de Brest)
  • Émilie CARIOU (Association de Développement de l'Économie Sociale et Solidaire Pays de Brest)
  • Nicole ROUX (maître de conférences en sociologie, Université Bretagne Occidentale, Brest)
  • Pierre SERVAIN (ingénieur d'étude, Université Bretagne Occidentale, Brest)


Présentation de l’atelier

L’écologie est l’une des valeurs cardinales de l’habitat participatif. Yves Connan [2009] remarque que cette dimension apparaît naturellement dans tout projet d’habitat participatif, là où elle est marginale ailleurs. Les démarches d’habitat participatif et d’habitat écologique sont en effet liées à plus d’un titre. Dans les deux cas, il est question de coûts d’investissement et de retours sur investissement en termes financiers ; des rapports entre intérêt privé et intérêt général ; de la recherche de qualité de vie et de son habitat ; de techniques, de réglementations, et de valeurs éthiques ; d’engagements personnels importants dans des secteurs “innovants”, encore marginaux mais dynamiques, et en voie de généralisation en termes de marché et d’institutionnalisation.

Nous proposons de réfléchir ensemble à la spécificité de l’habitat participatif dans la construction et la rénovation écologique, en s’axant sur trois questions principales :

  1. Que signifie l’écohabitat, l’écoconstruction et l’écorénovation, en termes de techniques, de matériaux et/ou de valeurs ?
  2. Comment mesurer et gérer les investissements et retours sur investissements en termes financiers ? Quelles aides publiques ? Quelles sont les contraintes législatives, réglementaires ?
  3. Comment s’y conjuguent l’intérêt privé et l’intérêt général ?

De fait, si ces trois questions ont été le fil conducteur de la discussion, un autre thème s'est imposé : les moyens d'amener les différentes acteurs impliqués à mieux arbitrer des choix, en collaboration.

L'éco-habitat et l'habitat participatif : des arbitrages pour des démarches globales

L'habitat participatif et l'éco-habitat ont beaucoup de points communs. Tout d'abord, ils vont souvent ensemble. Le thème de l'écologie est toujours présent dans l'habitat participatif, de la définition donnée par les principales structures de coordination à celle de la loi Alur de 2014. On la retrouve aussi dans la plupart des présentations d'habitats participatifs, ne serait-ce que pour dire que l'on regrette que l'on n’a pas pu le mettre en œuvre, faute de budget nécessaire (voir documents en bibliographie). Dans le même sens, beaucoup – et particulièrement parmi les intervenants de cet atelier - s'accordent à intégrer la dimension participative dans leur conception de l'éco-habitat.

Autre point commun entre l'habitat participatif et l'éco-habitat : leurs compréhensions varient de définitions les plus précises (et étriquées) aux plus globales (ce qui peut apporter une certaine confusion). En ce qui concerne l'écho-habitat, pour les uns, les principaux critères à mesurer sont les performances énergétiques et la limitation de la création de CO² ; c'est la logique de la très grande majorité des politiques nationales et internationales, des labels et des normes (Bâtiments à Basse Consommation, Haute Qualité Environnentale...). Pour les autres, il y a une foule d'autres critères à prendre en compte : non seulement la qualité des matériaux, mais aussi leur provenance, leurs mises en œuvre, l'emprise sur le foncier, la gestion de l'eau et des déchets, l'intégration dans l'environnement local, et, aussi, le confort, la santé, le mode de vie, l'esthétique, la gouvernance... La liste pourrait encore s'allonger. Mais, au-delà de l'accumulation de tels critères, pris isolément de façon technique, il s'agit alors surtout de démarches, de recherches d'équilibres, et de cohérences globales.

Pour parvenir à ces formes de cohérence, il ressort des besoins de former des arbitrages. Dans ce sens, les échanges poursuivis dans cet ateliers ne sont à prendre comme des solutions valables dans un absolu hors-sol, mais plutôt comme des façons de poser des questionnements, à adapter à chaque situation particulière.

Effectuer un compte de bilan et d'exploitation sur le long terme de l'habitat

Pierre-Gilles Bellin (ancien maître d’œuvre et auteur de livres sur l'écho-habitat (voir en bibliographie) propose pour sa part de « résonner d'une manière économique pure : on a un compte de bilan pour la construction et un compte d'exploitation pour l'usage, et on voit comment on diminue le compte de bilan, et on voit comment on diminue le compte d'exploitation, voire comment on crée un compte d'exploitation positive ». Cela passe par la gestion des flux entrants et sortants, à savoir « l'eau, l'assainissement, parfois aussi les eaux pluviales, l'électricité, les déchets, et l'aliment », qui sont autant de péages. « Si on veut être vraiment logique dans la démarche, la richesse aujourd'hui sur terre c'est d'abord l'espace, donc il faut apprendre à maximiser l'espace, maximiser les ressources qui sont dans cet espace, c'est ça qui va nous permettre de nous permettre de raisonner sur la dimension compte d'exploitation de l'habitat écologique. C'est important parce qu'un habitat va vivre dans le temps, et peut être considéré comme une source, comme la possibilité de retrouver de la souveraineté sur ce qui nous échappe aujourd'hui à travers les péages. […] Il faut mettre l'humain au centre de tout, mais aussi mettre la relation qu'on a avec la nature au centre de l'évolution de l'habitat. Donc ça veut dire qu'on va vers des maisons qui sont autonomes et qui produisent de l'électricité, il faut que ce soit rentable, quand on construit une maison il faut la concevoir comme un investissement, et on produit des maisons qui deviennent capables de produire de l'alimentaire. » L'auteur poursuit en montrant que ces économies faites au niveau de chaque habitat sont autant d'économies au niveau sociétal, car le coût important de l'habitat s'explique par des choix sociétaux, qui amènent à une forte administration, une importante normalisation (PLU, POS, etc.) et une main-mise de ces flux de la part de lobbys qui ajoutent leur plus-values sur tout bâtiment (Véolia, Erdf, Bouygues, etc.). Nous pouvons lier cette démonstration à la politique de la transition énergétique [Rifkin, Hobins].

Différents types de coûts à prendre en compte

Martine Leray (Scic Eclis) : « Il y a les coûts qui sont liés à la conception, ceux qui concernent les recherches (les bureaux d'études, etc.), ceux qui sont liés à la construction, et là ça intègre les matériaux et leurs mises en œuvre. C'est vrai à la fois par rapport aux coûts, et c'est vrai aussi d'un point de vue écologique. Un matériau peut être pris tout seul, sain, et mis à côté d'un autre ne plus l'être. Il y a aussi le coût des équipements, et de leur fonctionnement. Un matériau ou un équipement peut être plus sain ou plus résistant dans le temps qu'un autre, et donc plus intéressant, parce qu'il coûte moins cher en énergie ultérieurement. Et il y a les coûts qui proviennent de l'utilisation du bâti et de son entretien dans le temps, les coûts liés à l'énergie grise [transports], et le coût social, qui est important mais pas facile à chiffrer, et le bénéfice aussi. Par exemple dans l'intérêt de l'utilisation de matériaux locaux, l'intérêt de matériaux bio-sourcés, avec un respect de l'environnement dans sa durée. Dans les critères d'évaluation il y a un sacré travail à faire pour qu'on puisse modifier les grilles dans lesquelles on peut porter des plus et des moins. »

Vincent Doussinault (Arpe) : «  Pour nous, ce qui doit découler l'éco-construction, c'est ce qui va avoir le moins d'impact sur l'environnement et sur l'homme. Moins d'impact sur l'environnement, généralement, c'est parce que au départ on a pensé en termes de sobriété. Peut-être que le meilleur éco-logement c'est l'igloo en Alaska ou le bâti en terre sur le plateau du Dogon. Et ça, ce sont des habitats qui ne coûtent pas cher, et même qui ne coûtent rien. En fait, généralement, la sobriété génère un faible coût. Donc dire que l'éco-habitat est plus cher que l'habitat classique, c'est incohérent. Dans l'éco-habitat, il y a différents types d'éco-habitat, et notamment ce qu'on ce qu'on appelle du high-tech [équipement à haute performance, photo-voltaïque, VMC...] et du low-tech. Si on va vers de la sobriété on va plutôt être vers du low-tech, et donc avec des investissements plus faibles, et des impacts environnementaux plus faibles. On a abordé l'économie au niveau de la société, je parlerais même d'économie sociétale : si on en arrive à des réglementations sur les émissions de gaz à effet de serre, c'est parce qu'on n'a pas pris conscience assez tôt des impacts qu'on allait avoir, que ce soit sur l'habitat ou sur notre mode de vie de manière générale, et du coup on le paie aujourd'hui, on le paie parce qu'on met en place des programmes de préservation de linéaires de côtes, des programmes pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, on le paie aussi sur les aspects sur la santé. Mais on ne mesure pas tous ces coûts-là, on ne les rapprochent jamais de nos modes de vie, alors qu'ils sont forcément liés à un moment donné. On ne sait pas les mesurer. L'intérêt pour la société est aussi là : comment on le mesure. Aujourd'hui, quand on mesure les impacts avec la réglementation thermique, on parle de la consommation au mètre carré. Pour moi c'est une aberration, en gros c'est un droit à polluer. Ça veut dire que plus on a d'argent, plus on peut construire grand, plus on a le droit de consommer. Ce n'est pas cet impact-là qu'on doit mesurer, c'est l'impact par rapport à l'usage et donc par rapport à l'individu et aux habitants. Ça c'est une question qui n'est jamais soulevée. La réglementation thermique pour limiter les émissions de gaz à effet de serre se base sur une consommation au mètre carré qui n'est pas juste, il vaudrait mieux prendre une consommation par habitant. Et quand on dit que l'habitat groupé c'est forcément de l'habitat écologique, on peut aussi aller dans les extrêmes, la Tout Montparnasse c'est un habitat groupé... Ce que je veux dire c'est que ce n'est pas suffisant pour dire on va densifier. Tout ce qui est politique de densification, il faut aussi faire attention à ne pas désertifier des zones rurales, il y a le tissu social qui va avec. »

Samuel Lanoë (Epok et Parasol) : « Je vais peut-être lancer un pavé dans la mare, mais... je vais parler d'une expérience. Il y a un projet qui a complètement capoté, une initiative communale d'habitat participatif, Bazouges, on avait déjà un lotissement écologique sur la commune, une population de néo-ruraux très engagés et la mairie qui se dit « il faut aller plus loin sur la deuxième tranche du lotissement, il faut faire un lotissement écologique participatif ». On s'est retrouvé à accompagner un embryon de personnes intéressées, et à aborder les questions de l'écologie, pour eux tout ce qui était matériaux, toilettes sèches, tout ça c'était des pré-recquis, et en questionnant les modes de vie écologiques, la consommation énergétique au sens large, on s'est rendu compte qu'on rentrait en totale contradiction avec leur mode de vie, la situation de leur emplacement professionnel, là où ils allaient consommer du loisir, leur réseau d'amis. En venant habiter Bazouges, on avait beau faire bâtir des maisons en paille ultra-performantes, on se rendait compte que l'explosion des consommations énergétiques c'était les transports. On a pris la question du rural et de l'urbain sur cette question de l'écologie et de l'éco-habitat au sens large, et la projet a en partie capoté à cause de ça, c'est que les gens se sont dit que la cohérence c'est pas de vivre à Bazouges, il vaut mieux vivre dans une maison pas performante du tout mais proche de notre lieu professionnel et de vie. Sur le côté investissement et retours sur investissements, à Chevaigné, on avait beaucoup de gens convaincus par l'écologie, pareil, quand ils ont rédigé leur charte, tout le monde était d'accord avec l'écologie, tout le monde était d'accord avec la solidarité, tout le monde était d'accord avec les espaces communs, tout le monde était d'accord sur les valeurs et les intentions, on s'alignait tous. Par contre, quand on est rentré dans l'opérationnel, quand a été confronté à des arbitrages sur les choix, les pentes de toit, les équipements de chauffage, etc., il y avait moyen de plus ou moins investir, même si tout le monde était d'accord de dire qu'il y avait un retour sur investissement plus intéressant s'il y avait un investissement plus important au départ, il y avait quand même un budget qui n'était pas élastique, et qu'on voulait construire des espaces communs, on voulait un certain nombre d'équipement individuel aussi, et on avait beau avoir les mêmes valeurs on n'avait pas du tout les mêmes façon de les hiérarchiser. Il y en a pour qui la priorité était plutôt la salle commune, plutôt que le fait d'atteindre des bâtiments passifs, d'autres au contraire le projet était participatif et donc devait permettre de pousser le curseur écologique le plus loin possible. D'ailleurs qui dit participatif ne dit pas forcément collectif : « participatif » on va exprimer des besoins, des attentes individuelles adaptées à l'architecture, etc., mais dans l'habitat participatif on n'a pas du tout un pré-recquis d'avoir une démarche collective, avec des espaces communs, des activités collectives, et tout. Toujours est-il qu'à Chevaigné il y a eu des conflits sur ces arbitrages en termes d'équipements, de performances énergétiques, etc., non pas que les gens n'étaient pas d'accord qu'il y avait des retours sur investissements ou quoi que ce soit, mais ce n'est pas la priorité au vu des autres intentions du projet. En caricaturant, la très haute performance énergétique aurait pu se faire au détriment du collectif. »

La performance écologique parmi d'autres variables

Si la dimension écologique de l'habitat demande en elle-même la recherche d'un équilibre cohérent, elle n'est pourtant qu'un des aspects de l'équilibre porté au niveau de l'habitat, et notamment de l'habitat participatif. Le thème de l’écologie n’était pas particulièrement présent dans les habitats groupés des années 1970 et 1980, il s’impose dans les questionnements que depuis les années 2000, alors que l’écologie est devenu un thème plus courant. Plusieurs témoignages d’habitants de ces premières décennies affirment d’ailleurs que si leur projet était à refaire, ils s’orienteraient vers davantage d’écologie. Une illustration significative : l’association Mouvement pour un Habitat Groupé Autogéré de 1977 se renomme Eco-Habitat Groupé en 2008. Pour autant, l’écologie n’est pas non plus devenue une obligation dans les projets d’aujourd’hui. Plusieurs présentation d'habitats participatifs (voir en bibliographie) font peser les intentions écologiques en balance avec l'économie et le confort, voire avec l'esthétique. Les témoignages ci-dessous annoncent l’arrivée d’une nouvelle variable en concurrence : la composition sociale des participants.

Pascal Gourdeau (Z'écobâtisseurs et Ardes) : « Dans l'habitat participatif il y a une notion très forte qui est liée à la notion sociale. Dans les Z'écobâtisseurs on a cette double entrée initiale, équitable et équilibrée : une intention écologique, qui est compensée par la dimension sociale, et réciproquement. Nous, nous avons travaillé sur les deux enjeux, et on a un peu rejoint le propos autour de ces équilibres à trouver, entre écologie, confort, et social, ou solidarité. Il me semble que dans la période de 10 ans qui viennent de s'achever il y a une évolution notoire dans l'habitat participatif, une massification, une diversification des populations, des personnes qui sont intéressées, et du coup il y a sans doute un équilibre encore plus tendu entre l'intention écologique et l'intention sociale. On le vit très fort dans le projet qu'on mène actuellement, là dans l'accompagnement , on voit bien le profil sociologique des deux populations, entre l'équipe qui a formalisé le projet des Z'écobâtisseurs et celle qui est actuellement en train de s'organiser, il y a encore plus d'attente sociale à ce jour, et sans doute beaucoup moins d'attention autour de l'écho-habitat et de l'écologie. On est dans une écologie sociale qui est en train de se développer. La lutte contre l'isolement est foncièrement le moteur de la présence des gens autour du projet. Dans le projet qu'on a actuellement, la question centrale, c'est que sur 16 familles actuellement on a 9 femmes seules qui ont plus de 50 ans. Et donc la question qui est posée à ces femmes, c'est comment je vais vieillir dans la ville. »

Samuel Lanoë (Epok et Parasol) : « La première vague de l'habitat participatif, dans les années 2008, 2009, a été portée par des militants écologiques, qui disent que « il faut penser à travers la participation à comment construire la ville, l'habitat, de manière plus écologique ». Et puis au sein de l'association Parasol, depuis trois-quatre ans, on a une explosion des adhésions qui sont plutôt des personnes seules, âgées, pas âgées, familles mono-parentales. L'écologie, j'ai presque envie de dire que ça leur passe au-dessus de la tête, ce qui compte c'est de réussir à inventer des modes de vie plus collectifs, plus solidaires, etc., et après si on a un bâtiment BBC c'est très bien, ça nous suffit. À partir de là je voulais dire que l'écologie n'est pas du tout un pré-requis dans l'habitat participatif. On a vraiment différentes typologies de personnes. La façon d'aborder la problématique est complètement différente entre les militants écologistes qui sont plutôt sur l'intention d'auto-promotion, voire des fois d'auto-construction, qui veulent aller très loin, qui sont des fois en quête d'absolu, et d'autres par contre sont complètement néophytes, je ne vous laisse même pas imaginer ce genre de réunions, pour eux ce n'est même pas pensable. Ce qu'on essaie de faire, nous, dans notre accompagnement, c'est de les amener à être en capacité de faire des choix de comment on montre des bâtiments plus responsables, plus écologiques, etc., mais si ça prend deux heures et demi c'est déjà, c'est déjà largement suffisant, donc c'est très très limité. »

Vincent Doussinault (Arpe) : « Il y a un investissement à prendre en compte, c'est l'investissement en temps. Ce qui coûte le plus cher dans un habitat participatif, ce n'est pas le bâtiment, c'est le temps qu'on va mettre pour le groupe, pour monter en compétence. »

Des exemple de démarches participatives comme moyen de s'approprier les arbitrages

Plusieurs des intervenants ont présenté leurs démarches participatives. Elles ont en commun une volonté d'impliquer le plus grand nombre d'acteurs dans la discussion, par le biais de « boîte à outils pour les mettre en capacité de monter en compétence et en autonomie », comme le dit Samuel Lanoë, de l'Epok.

Martine Leray (Scic Eclis) : « La démarche de conception intégrée consiste à regrouper tous les acteurs autour de la réflexion dès le démarrage du projet, dans sa conception même, que ce soit les habitants, les donneurs d'ordre, mais aussi les architectes, les bureaux d'étude, et les artisans. Le fait de regrouper des habitants vient naturellement dans un projet d'habitat participatif, mais c'est plus rare d'intégrer les artisans dès le démarrage. C'est une démarche qui s'appuie sur des objectifs et des moyens qui sont collectivement décidés et sur lesquels chacun s'engage. C'est une implication de chacun des acteurs au plus tôt, et l'intervention d'un facilitateur qui accompagne la démarche. Son intérêt est particulièrement vrai dans l'habitat groupé, parce qu'il aide à comprendre les usages vécus, les usages réels et les usages projetés, à la fois individuels mais aussi pour tout ce qui concerne le partagé, voire le public, et qui aide à formuler un consensus sur les problématiques proposées dans le projet. Ça permet de faciliter l'arbitrage, les prises de décision, de travailler en confiance. Le pari qu'on fait, pas seulement dans l'habitat participatif, c'est que ça a une vertu par rapport au coût global : le fait de travailler en amont collectivement permet d'intégrer les contraintes des uns et des autres, et donc de proposer des coûts qui sont plus justes, et qui intègrent tous les possibles. Ça peut faciliter la participation, y compris dans les travaux. Ça permet une coopération importante, une cohérence de la conception à la réalisation, et dans la durée une plus grande compréhension et donc une plus grande adhésion de chacun aux choix qui sont effectués, aux positionnements des curseurs entre les envies, les besoins, les possibles, et donc d'intégrer à la fois les questions de budget, et les questions de convictions par rapport à l'utilisation de matériaux écologiques. Cette compréhension et cette adhésion permettent une meilleure projection, donc une avancée plus sereine dans le projet, et dans son fonctionnement quand on en a pris possession, une attention plus facile aux contraintes qui sont liés aux choix qu'on a pu faire au préalable, sur des choix de chauffage, de ventilation, etc. D'une manière générale, quand on dit matériaux écologiques on dit surcoût, mais le pari c'est de pourvoir dire que ces surcoûts-là sont minorés du fait de la démarche de conception qu'on a pu mettre en place. ».

Jean-Yves Brelivet (Approche Éco-habitat) : « Nous, on a initié une démarche : le Bâtiment durable armoricain. Une première action, était d'accompagner une commune, Plouzané, dans une démarche d'éco-lotissement, pour à la fois les aider dans la définition de ce qu'est un éco-lotissement, et à la fois pour sensibiliser, dans une démarche participative, vis-à-vis des pétitionnaires. On est dans un système, le SGAP, le Système de Garantie d'Amélioration Participative. C'est une alternative à la certification ou à la labelisation par les autres. Les enquêtes, les validations, les contrôles sont effectuées par les acteurs, et, important, par les usagers, la transposante étant bien évidemment une composante essentielle à la confiance. On est dans une démarche d'amélioration participative, l'outil est appelé à s'améliorer au fur et mesure qu'on va l'utiliser. On a 7 thèmes et 36 objectifs. Parmi les thèmes, on va retrouver la gouvernance et la citoyenneté, le social et l'économie, conception et matériaux, l'eau et les déchets, le confort et la santé, et puis nous, je dirais d'une manière un peu provocatrice, sur la problématique de l'énergie, de la performance de nos bâtiments, avec équipement, sans équipement, avec une super enveloppe ou pas de super enveloppe, avec l'orientation bioclimatique ou pas, nous on a mis la chose vraiment à la fin parce que on s'est rendu compte que quand on est dans cette démarche-là, c'est plus le sujet, ça n'a aucune importance, ça devient epsilon ! C'est la transcription de ce que je suis en train de dire par rapport à notre outil. Cet outil va se présenter sous la forme d'une marguerite, on retrouve là nos 7 thèmes, qui sont déclinés en différentes couleurs, on a mis ça dans un cercle, on va retrouver les 36 objectifs, et on va donner une pondération angulaire a l'importance qu'on donne au thème. Dès l'émergence du projet, des personnes qui seront autour de la table vont mettre plus ou moins d'importance à chaque objectif, par exemple sur l'intensité sociale, en donnant plus ou moins d'angle, et on met plus ou moins de couleur si on estime qu'on a plus ou moins atteint l'objectif, si on est allé plus ou moins loin. » Cet outil s'utilise aux différentes étapes de la construction du projet, ce qui permet de voir son évolution dans sa réalisation dans ses objectifs. « On peut très bien pu avoir un objectif de départ que le concepteur n'arrive pas à tenir, pour des questions de coûts, des questions réglementaires, ou parce qu'on n'a pas trop creusé, on a été un peu feignant, on ne connaît pas, on avait pas envie d'aller vers là... Les points faibles sont en gris. Ça permet des va-et-viens. Mais on n'est pas dans la sanction, on est vraiment à essayer de s'améliorer. On n'est pas dans un label. Un label, nous on appelle ça un cliquodrôme : clic clic je suis bon, je suis bon, je suis pas bon, c'est pas grave parce que le total des bons va faire que ça passe, en fait ça n'a pas trop d'importance... Nous on est pas du tout dans cette démarche-là. Le maître d'ouvrage peut très bien assumer de ne pas donner d'importance à un thème, pour la gestion de l'eau par exemple, il met une petite pondération angulaire, il la ferme quasiment si il veut, il faudra qu'il l'explique après, il a peut-être de bonnes raisons pour le faire

À noter que cet outil s'inspire de la démarche Neso développé par Nature et progrès. Il s'agit d'un autre outil d'auto-évaluation par l'échange. Il ne se base non pas sur 36 entrées, mais sur 4 : le Naturel, l’Économique, le Social, l'Origine (d'où le nom Neso), avec la Cohérence en son centre. Les entrées sont peu nombreuses et peu pré-définies, ce qui donne la liberté aux utilisateurs de leur donner de la consistance, de les adapter à chaque projet. En effet, il ne faut pas oublier que toute la valeur de tels outils et de telles démarches résident dans leur souplesse, car c'est elle qui permet l'appropriation des acteurs pour leur projet propre. D'ailleurs, une telle importance donnée aux structures d'accompagnement ne vient-elle pas en concurrence avec une pleine appropriation des porteurs de projets, jusque dans leurs façons de se poser des questions ? Peut-on affirmer que plus il est question de participation, moins il y en a ?

Samuel Lanoë (Epok, Parasol) témoigne que cet accompagnement se justifie dans certains cas, et pas dans d'autres, selon l'expérience militante et associative des porteurs de projets. Il témoigne par ailleurs, à travers son expérience d'accompagnateur, que cette démarche n'est pas si simple que cela : « Dans ce qu'on essaie de mettre en place, il y a plein de trucs qui ne marchent pas, il y a aussi plein de trucs qui marchent, donc tout ce que je vous dis c'est vraiment pas à prendre comme des choses systématiques qui marchent... Quand on démarre un accompagnement, on essaie d'avoir ce qu'on appelle un triptyque d'acteurs, avec le politique, qui est garant de l'intérêt général, l'équipe technique, l'architecte, les bureaux d'études, les professionnels de l'aménagement, les artisans, et puis les futurs usagers, habitants, du site. Tout ça c'est en tension, c'est un système de points de vue qui est en tension. On amène les professionnels à se questionner sur comment ils amènent les questions énergétiques dans ces questions de performances énergétiques, parce que le but du jeu c'est de rendre les gens ultra-compétents, experts de ces questions-là, donc de passer un temps fou à les former. Ça ne marche pas, je vous le dis tout de suite ! Ils n'ont pas le temps, il faut avancer vite, ça ne les intéresse pas, selon les cas... Est-ce que le professionnel se situe en termes de co-décisions, auquel cas les gens doivent être en capacité d'expertise, ou est-ce qu'on essaie de monter un système d'acteurs où les futurs habitants acceptent de reléguer dans les mains des professionnels, avec une certaine confiance, et du coup certains choix. Jusqu'où ça va, est-ce qu'on est sur un fonctionnement très horizontal ou est-ce qu'il y a un système de partage des responsabilités, comment ça se met en place ?  »

Pascal Gourdeau (Z'écobâtisseurs et Ardes) : « Nous, on a vécu concrètement cette question à tous les niveaux de la construction collective qu'on a mené, et moi qui étais néophyte et qui ne sais a priori même pas planter un clou, j'étais dans cette famille-là, des incultes, et la grande découverte c'est que dans les métiers d'artisans de la construction, comme en politique, il y a des familles de pensée. Et que donc c'est pas gagné, ça. Parce que le discours d'un artisan ou d'un accompagnateur, il est coloré, il est orienté, et que le lendemain, le discours d'un autre professionnel va être tout aussi valable, tout aussi cohérent, mais différent. Pour nous le grand exemple ça a été la ventilation. Ça a été merveilleux. On y a passé deux réunions de quatre heures, pour finir à ne pas pouvoir choisir, parce qu'au final on avait quatre propositions toutes aussi valables les unes que les autres. Donc, c'est complexe, quand même ! Une solution autour de la santé, autour du coût, de l'impact écologique, et le quatrième autour de l'esthétique. Comment on fait avec ça ? Pour un néophyte, je ne vous dis pas le casse-tête que c'est ! »

Jean-Yves Brelivet (Approche Éco-habitat) : « J'entends bien ce que tu dis, mais c'est quand même important qu'un maître d'ouvrage essaie de comprendre ce qu'on essaie de lui refourguer. Je pense qu'il y a un minimum de travail sur soi, un minimum intellectuel. Donc, on va essayer de donner une certaine base, une certaine culture aux maîtres d'ouvrage pour définir des objectifs. On ne lui demande pas de devenir des experts, on lui demande juste d'aller dans cette direction-là, de placer la barre à ce niveau-là. À un moment donné on est obligé d'arbitrer ce qui est bon, ce qui n'est pas bon, et ce ne sera jamais parfait. La ventilation il y a mille façons de la voir, c'est vrai. Inévitablement on se retrouve sur la tentacule du choix. Il y a toujours une liberté relative de prendre une orientation, ou alors de la faire prendre par d'autres, c'est aussi des fois plus facile de donner la main. C'est évident qu'il y a des gens qui ont plus lu, qui ont plus compris, qui ont plus essayé, qui ont plus argumenté, après il y a une confiance qui se fait, et c'est important. L'option que tu choisis, c'est la bonne. »

Christian Faliu (architecte, agence Cosmos) : « Moi j'étais parmi les gens qui étaient dans le démarrage de l'habitat autogéré, avec Pierre Lefebvre, parmi d'autres. Le problème, c'est qu'on ne retrouve pas nos enfants là-dedans, historiquement. Quand il y a une collaboration, plus qu'une participation, les gens mettaient ensemble des moyens, des savoirs et des savoir-faires, et on se retrouve aujourd'hui dans un élément où le marché a rattrapé la bonne volonté des gens et leur demande initiale, leurs fondamentaux. L'un des problèmes aujourd'hui, c'est de redonner une logique de spontanéité, déjà sur l'éco-habitat, de faire en sorte que les gens ne parlent pas de logement en parlant d'éco-habitat, mais d'habitat, qui est quelque chose de plus large, qui introduit l'espace et le temps. Il y a tout une série de choses qui était au démarrage, du fait que les gens étaient dans une pédagogie de projet, dans une culture de projet, aujourd'hui on est avec des gens qui sont arrivés, un peu trop souvent à mon avis, par des logiques de mutualisation et d'économies de coûts, sur une logique d'échapper ou de tangenter un marché qui était ségrégatif pour eux. C'est-à-dire qu'il y a une idée -20, -15 % sur les constructions, donc on se retrouve sur un élément un peu paradoxal, que le marché rattrape une intelligence collective qu'il y avait dans l'habitat groupé. Maintenant on va voir comment les responsabilités s'établissent, y compris la responsabilité de quelqu'un à faire un effort pour apprendre à savoir de quoi il parle pour décider et non pas de se trouver devant un choix, moi en tant qu'architecte, la catastrophe c'est quand les gens disent « faîtes-nous des propositions, on va choisir », parce qu'on sait que, derrière, il n'y a aucune maîtrise, ni des attentes, ni de la transformation en matière d'usage, ni en termes de coût global. On a trop marchandisé tous les éléments aujourd'hui, et les politiques sont les ennemis de l'habitat participatif à mon avis, parce qu'ils en tirent des voix en élections, ils en tirent un bénéfice démagogique. »

L'aspect écologique comme vecteur d'intérêt général pour l'habitat participatif ?

Samuel Lanoë (Epok, Parasol) : « Faire du plus écologique et puis justifier sous couvert d'intérêt général d'avoir des subventions publiques, je ne vois pas trop comment ça peut marcher, je ne sais pas si c'était la question qui était derrière, comment on arrive à justifier une opération privée au nom de l'intérêt général pour avoir des financements... Ça me pose question... Soit on a des projets à l’initiative d'aménageurs, de collectivités, et là c'est une grosse machine, c'est en milieu urbain, c'est des promoteurs coopératifs qui sont chargés de l'opération, et là, dans ce cas-là, on se base sur les standards, et les financeurs disent « non, vous voyez, tout est en train de monter, pourquoi on ferait un effort pour vous », ou alors sinon c'est de l'initiative en auto-promotion de groupes qui vont être considérés comme groupes privés, et, même au titre expérimental, j'ai du mal à voir pourquoi et comment l'habitat participatif ferait mieux que tout un tas d'initiatives qu'il y dans les réseaux de militants, artisans, associatifs, autour de l'éco-construction, que ce qui existe déjà. » Et de rajouter que le financement éventuel pourrait plutôt se situer au niveau de la participation, « comment faire financer des cycles de formation en amont pour les gens qui pensent intégrer l'habitat participatif, pour les groupes qui démarrent, qui leur permettrait de rencontrer des professionnels de ces questions-là, pour les rendre non pas experts mais en capacité d'arbitrages ».

Eco-construction, éco-rénovation, éco-restauration

Il reste enfin à différencier l'éco-construction, l'éco-rénovation et l'éco-restauration. Si la plupart des habitats participatifs se positionnent dans la construction, il est clair que le principal enjeu écologique de l'habitat concerne la rénovation de l'existant, et particulièrement des bâtiments construits avant la crise pétrolière des années 1970.

Jean-Yves Brelivet (Approche Éco-habitat) : « Dans l'éco-construction on est plutôt sur le bâtiment, sur le principe constructif, sur les murs, comment ça fonctionne, tandis que dans la notion d'éco-habitat, c'est plus l'endroit, c'est plus la ville, c'est plus l'humain peut-être. Et dans l'éco-rénovation, je rajouterais l'éco-restauration, puisque la différence est essentielle à faire, quand on est dans la rénovation on va remettre à neuf, donc c'est des construction postérieures aux années 50, 60, quand on est dans le ciment, on remet à neuf des systèmes constructifs contemporains. Quand on est dans l'éco-restauration là on est dans la remise en état, on est vraiment dans la période charnière, le milieu du 20e, et tout ce qui est antérieur, tout l'habitat vernaculaire. »

Martine Leray (Scic Eclis) : « La différence c'est qu'on n'est pas forcément sur une conception bioclimatique, on part d'un existant, et donc l'important est d'être sur un bon diagnostic pour être sur un respect du bâti dans sa structure et ses matériaux, pour une intervention performante et saine avec des matériaux adaptés et respectueux de l'existant. »

Rencontre publique

Soir, 18h-20h, Espace Steredenn Diffusion du film Les Z'écobâtisseurs. Une utopie du mètre carré, suivi d'un débat.

Ce film retrace l'expérience de la construction du projet d'habitat participatif des Z'écobâtisseurs, à Caen. Une quinzaine de personnes, dont quelques uns n'étaient pas présent à l'atelier de l'après-midi.

Parmi les discussions (tournées autour du témoignage de Pascal Gourdeau, habitant des Z'écobâtisseurs) :

  • la paille est un matériau très peu cher, mais qui nécessite une mise en œuvre très lourde : chantiers participatifs dans la longue durée, besoin de beaucoup de matériau, à commander longtemps en avance (au moins 1 an), évaluer les besoins, stocker, transporter... En même temps, ce temps est formateur de la solidarité du groupe. Il y a des points de non-retours, quand on s'est beaucoup investi. L'appropriation du projet se fait dans le partage d'une expérience commune, dans l'enthousiasme, mais aussi dans la galère éprouvée ensemble, et dans les prises de décisions qui sont autant de prises de responsabilités.
  • problème juridique des chantiers participatifs : les non-professionnels n'ont pas le droit d'aller sur les chantiers. C'est essentiellement une question d'assurance. Les Z'écobâtisseurs camouflaient leurs outils tous les soirs en prévision d'un éventuel contrôleur.
  • Reproductibilité : un second projet d'habitat participatif est en cours à Caen, avec un bailleur social, des logements sociaux (PLSA, 50%, et 50 % en accession à la propriété). Si tout le monde est politiquement d'accord sur le principe, cela pose de fait des difficultés pratiques.

Ce second groupe ne construit pas en paille, « ce serait trop leur demander » (voir le témoignage ci-dessus). Question posée de l'appropriation du projet par les habitants : si on raccourcit le temps de constitution du projet (pour que ce soit moins lourd, moins coûteux : objectif de la banalisation), comment se constitue le groupe ? Quelles sont les raisons de se voir, quels sont les moyens de créer de l'expérience commune, de la responsabilité commune ?

  • Le premier groupe marque un temps de pause dans ses grandes réunions collégiales, une fois l'habitat construit (comme tous les habitats de même type, selon les observations de Nicole Roux).
  • Visite préalable auprès du groupe d'habitants à Angers des années 1980 dont il est question dans le livre de Marie-Hélène Bacqué, Les classes moyennes et l'héritage de Mai 68. L'expérience donne envie, car les habitants sont toujours enthousiaste après autant de temps passé – ce qui se concrétise par un bon accueil. Pourtant, il y a des périodes difficiles – particulièrement l'adolescence des enfants. Et puis après, ces mêmes enfants partent... Pascal Gourdeau note sur son calendrier la crise qui devrait lieu dans une douzaine d'année aux Z'écobâtisseurs !

Bibliographie

  • BELLIN Pierre-Gilles : 2011, L’auto-écoconstruction, “Pour habiter autrement”, Eyrolles
  • BELLIN Pierre-Gilles : 2009, L’habitat bio-économique, “Pour habiter autrement”, Eyrolles
  • CONNAN Yves : 2009, 18 projets d’éco-habitat, Ouest-France, “Écologie”
  • DE FERRAN Florence : 2012, “L'éco-construction : quel positionnement pour les artisans ?”, dans Management & Avenir, Management Prospective Ed., n°52, pp 57-75
  • DESFORGES Domitille : 2011, “Les aides à l’éco-rénovation des logements”, Regards croisés sur l’économie, n°9, pp 172-174
  • GUIGNARD Michèle : 2006, Rapport d’étude Éco Construction, Conférence de l’Artisanat Pyrénéen, Développement et Moyens commerciaux Cliquez ici
  • KEJAL : 2008, Éco-hameaux en Pays de Morlaix. De l’écoconstruction à l’habitat groupé, des perspectives pour se loger et “vivre ensemble”. Rapport entier, Hameau
  • RELIER, BUREAU D'ÉTUDE MINUTE PAPILLON : 2011, « Caractéristiques écologiques », dans Résultats de l'enquête Outils financiers pour l'habitat groupé, Relier, p24 Cliquez ici
  • (article de presse) : 20 janvier 2014, Les particuliers doivent devenir des acteurs de l’efficacité énergétique, Le Moniteur.fr, cliquez ici


Filmographie

  • BLUM Ruchard : 2012, Les Z’écobâtisseurs, une utopie du m², Bande passante production, 52min
  • CONTANT, Carole. Écoconstruction Écohabitat : les acteurs de l’Économie sociale et solidaire, Eco3 Cliquez ici

Documents à propos de l’habitat participatif dans sa globalité

  • BACQUÉ Marie-Hélène et CARRIOU Claire:2012, « La participation dans l’habitat, une question qui ne date pas d’hier », Métropolitiques Cliquez ici
  • CARRIOU Claire, RATOUIS Olivier, SANDER Agnès (dir) : 2012, L’effervescence de l’habitat participatif, dossier sur site web Metropolitiques,

Cliquez ici

  • D'ORAZIO Anne  : 2012, « La nébuleuse de l’habitat participatif. Radiographie d’une mobilisation », Métropolitiques, Cliquez ici
  • DEVAUX Camille: 2012, « De l’expérimentation à l’institutionnalisation : l’habitat participatif à un tournant ? », Métropolitiques Cliquez ici
  • MOUVEMENT POUR L'HABITAT GROUPÉ AUTOGÉRÉ (MHGA), BONNIN Philippe (dir) : 1983, Habitats autogérés, Éditions Alternatives / Syros, « AnArchitecture », 140p cliquez ici
  • PLAN URBANISME CONSTRUCTION ARCHITECTURE (PUCA) : 2012, Habitat alternatif : vers un mode de production propre ?, Les 4 pages du PUCA, n°6, 4p

Cliquez ici

  • SOUTENET Laure : novembre 2009, L’habitat coopératif en France : Retours d’expérience, Étude faite pour le CNFPT, 19p

Bibliographie complémentaire

  • ADEME : 2010, Maîtriser l’énergie dans l’habitat, les aides financières habitat 2010
  • BARONNET Patrick : 2001, De la maison autonome à l’économie solidaire, La maison autonome
  • BARONNET Patrick : 2004, Maison 3D : Ecologique - Economique - Entr’aide, La maison autonome (DVD)
  • BELLIN Pierre-Gilles : 2009, Les éco-solutions à la crise immoblière et économique, Eyrolles
  • CHAMBRE RÉGIONALE DE L’ÉCONOMIE SOCIALE DE BRETAGNE (CRES), ÉCO-HABITAT, ÉCO-CONSTRUCTION, ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE (ECO3) : 2008, Économie sociale et solidaire, éco-construction et éco-habitat. receuil d'expériences, CRES de Bretagne
  • CREDOC (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) : 2014, Sur le chemin de la sobriété énergétique : Engager les Français au-delà des écogestes
  • DAID Gilles et NGUYEN Pascal : 2009, Financer sa maison écologique, Eyrolles
  • DITTER Jean-Guillaume et BOBULESCU Roxana : 2010, « Les systèmes productifs locaux dans les industries du bois : trois études de cas ». Revue d’Économie Régionale & Urbaine, no 2
  • DE HAUT P. : 2007, 25 moyens d’économiser son argent et son environnement, Eyrolles
  • DUBOIS PETROFF Marie-Pierre : 2008, Rénovation écologique, Eugen Ulmer éditions
  • LÉCUYER Philippe, VISSCHER Chantal, PICHON Claire : 2007, Guide pratique de l'Éco-Habitat, Éditions du Fraysse
  • RIFKIN Jeremy : 2012, La troisième révolution industrielle. Comment le pouvoir latéral va transformer l'énergie, l'économie et le monde, Les liens qui libèrent
  • SAINT-JOURS Yves : 2009, Éco-habiter. Des maisons écologiques, La plage éditeur, “Éco-logis”
  • VU Brigitte : 2006, L’habitat écologique et les aides de l’État, Eyrolles

CR Version 2 pages

L'atelier

Vendredi 21 Février 2014

14h-17h : Espace Steredenn, Dinan

18h-20h : Espace Steredenn, Dinan

mené par l'Association de Développement de l’Économie Sociale et Solidaire du Pays de Brest (Adess) et le Laboratoire d'Études et de Recherches en Sociologie (Labers EA3149) de l'Université Bretagne Occidentale, Brest

Financé par La Région Bretagne


Intervenants

  • Martine LERAY (Scic Eclis : Éco-construction et Initiatives Solidaires )
  • Olivier LEROUX (Scic Eclis : Éco-construction et Initiatives Solidaires )
  • Vincent DOUSSINAULT (Arpe : Association Régionale de Promotion de l'Éco-construction en Basse Normandie)
  • Pascal GOURDEAU (Zécobatisseurs (habitat participatif à Louvigny) + Ardes : Association Régionale pour le Développement de l’Économie Sociale et Solidaire en Basse Normandie)
  • Jean-Yves BRELIVET (Maître d’œuvre + Approche Éco-habitat)
  • Pierre-Gilles BELLIN (auteur de livres + ex-maître d’œuvre)


Participants

  • Samuel LANOË (L’Epok, Parasol)
  • Christian FALIU (architecte, agence Cosmos)
  • Daniel CARDUNER (Approche Éco-habitat)
  • Pierre-Yves JAN (Éco-habitat groupé, Parasol)
  • Yoann GEORGET (étudiant)


Organisateurs

  • Noa SOUDÉE (Association de Développement de l'Économie Sociale et Solidaire Pays de Brest)
  • Émilie CARIOU (Association de Développement de l'Économie Sociale et Solidaire Pays de Brest)
  • Nicole ROUX (maître de conférences en sociologie, Université Bretagne Occidentale, Brest)
  • Pierre SERVAIN (ingénieur d'étude, Université Bretagne Occidentale, Brest)


Présentation de l’atelier

L’écologie est l’une des valeurs cardinales de l’habitat participatif. Yves Connan [2009] remarque que cette dimension apparaît naturellement dans tout projet d’habitat participatif, là où elle est marginale ailleurs. Les démarches d’habitat participatif et d’habitat écologique sont en effet liées à plus d’un titre. Dans les deux cas, il est question de coûts d’investissement et de retours sur investissement en termes financiers ; des rapports entre intérêt privé et intérêt général ; de la recherche de qualité de vie et de son habitat ; de techniques, de réglementations, et de valeurs éthiques ; d’engagements personnels importants dans des secteurs “innovants”, encore marginaux mais dynamiques, et en voie de généralisation en termes de marché et d’institutionnalisation.

Nous proposons de réfléchir ensemble à la spécificité de l’habitat participatif dans la construction et la rénovation écologique, en s’axant sur trois questions principales :

  1. Que signifie l’écohabitat, l’écoconstruction et l’écorénovation, en termes de techniques, de matériaux et/ou de valeurs ?
  2. Comment mesurer et gérer les investissements et retours sur investissements en termes financiers ? Quelles aides publiques ? Quelles sont les contraintes législatives, réglementaires ?
  3. Comment s’y conjuguent l’intérêt privé et l’intérêt général ?

Retranscription des échanges

L'habitat participatif et l'éco-habitat ont beaucoup de points communs. Tout d'abord, ils vont souvent ensemble. Le thème de l'écologie est toujours présent dans l'habitat participatif, de la définition donnée par les principale structures de coordination à celle de la loi Alur de 2014, et dans la plupart des présentations d'habitats participatifs, ne serait-ce que pour dire que l'on regrette que l'on a pas pu le mettre en œuvre, faute de budget nécessaire. Dans le même sens, beaucoup – et particulièrement parmi les intervenants de cet atelier - s'accordent à intégrer la dimension participative dans leur conception de l'éco-habitat.

Autre point commun entre l'habitat participatif et l'éco-habitat : leurs compréhensions varient de définitions les plus précises aux plus globales (ce qui peut apporter une certaine confusion). En ce qui concerne l'éco-habitat, pour les uns, les principaux critères à mesurer sont les performances énergétiques et la limitation de la création de CO² ; c'est la logique de la très grande majorité des politiques nationales et internationales, des labels et des normes (Bâtiments à Basse Consommation, Haute Qualité Environnentale...). Pour les autres, il y a une foule d'autres critères à prendre en compte : non seulement la qualité des matériaux, mais aussi leur provenance, leurs mises en œuvre, l'emprise sur le foncier, la gestion de l'eau et des déchets, l'intégration dans l'environnement local, et, aussi, le confort, la santé, le mode de vie, l'esthétique, la gouvernance... La liste pourrait encore s'allonger. Mais, au-delà de l'accumulation de tels critères, pris isolément de façon technique, il s'agit alors surtout de démarches, de recherches d'équilibres, et de cohérences globales. Pour parvenir à ces formes de cohérence, il ressort des besoins de former des arbitrages. Dans ce sens, les échanges poursuivis dans cet ateliers ne sont à prendre comme des solutions valables dans un absolu hors-sol, mais plutôt comme des façons de poser des questionnements, à adapter à chaque situation particulière.

Pierre-Gilles Bellin (ancien maître d’œuvre et auteur de livres sur l'éco-habitat) propose de comptabiliser l'habitat selon des comptes de bilan et d'exploitation, en mesurant les coûts des entrées et sorties : électricité, eau, déchets, aliments, pour lesquels un habitat peut viser une certaine autonomie, et donc une certaine économie.

Martine Leray (Scic Eclis, structure d'accompagnement de l'éco-habitat) invite à intégrer les coûts et l'impact écologique des matériaux, mais aussi de leur mise en œuvre, de la conception (bureaux d'études...), des transports, du coût social, des ressources économiques et écologiques locales. Tout cela doit se penser en synergie. Un travail est à effectuer pour trouver les critères d’évaluation qui permettent de mesurer tous ces aspects ensemble.

Vincent Doussinault (Arpe, structure d'accompagnement de l'éco-habitat) rappelle que l'habitat le plus écologique est d'abord celui qui est celui qui a le moins d'impact, tant en consommation de foncier et de ressources que dans l'usage des équipements. Ainsi, la sobriété est à privilégier sur la haute technologie qui vise la performance. C'est aussi ce qui coûte le moins cher.

Samuel Lanoë (Epok et Parasol, structures d'accompagnement de l'habitat participatif) rappelle que l'habitat ne concerne pas seulement le logement, mais aussi toute la vie qui va autour : il vaut mieux vivre dans une maison peu performante mais proche de son lieu de vie. Il importe par ailleurs de ne pas sacrifier toutes les autres dimensions de l'habitat au profit de la seule écologie matérielle, parmi lesquelles les aspects conviviaux, solidaires et collectifs de l'habitat.

Nous pouvons d'ailleurs remarquer que l'écologie n'était pas une valeur centrale des habitats groupés des années 1970 et 1980. Elle le devient avec les premiers projets des années 2000. Mais elle reste en concurrence avec d'autres exigences : le coût, le confort, l'esthétique. Samuel Lanoë et Pascal Gourdeau (les Z'éco-bâtisseurs, habitat participatif à Caen) remarquent que la diversification de la population qui s'opère depuis les années 2010 amène une nouvelle variable en concurrence : l'aspect social des projets.

Jean-Yves Brelivet (Approche Eco-habitat, structure d'accompagnement de l'éco-habitat) rejoint Martine Leray et Samuel Lanoë dans l'importance d'une démarche participative le plus en amont possible et avec le plus d'acteurs impliqués possibles pour permettre une meilleure montée en compétence de ces acteurs, et particulièrement des maîtres d'ouvrages. Plusieurs structures proposent leurs savoir-faire et leurs outils dans ce sens. Plusieurs intervenants remarquent que, pour autant, les maîtres d’ouvrage restent toujours face à des arbitrages à effectuer par eux-mêmes, selon chaque situation et problème posé, à commencer par celui de savoir à qui on peut faire confiance ou non.

Christian Faliu (agence Cosmos, architecte) remarque quant à lui une une dérive de l'habitat participatif vers une recherche de plus en plus prononcée de l'économie et de la marchandisation, par rapport aux valeurs de l'habitat groupé des années 1970-1980.

Samuel Lanoë estime que l'aspect écologique ne saurait être un argument valable pour solliciter des subventions publiques au nom de l'habitat participatif, pas plus en tous cas qu'un autre type d'éco-habitat.

Enfin, il est fait la différence entre l'éco-construction, qui concerne la majorité des projets d'habitat participatif à tendance écologique, et l'éco-rénovation, davantage tournée sur les simples données techniques des consommation d'énergie et de CO², et qui doit se base sur l'existant (ce qui est d'ailleurs le premier enjeu écologique), et encore l'éco-restauration, qui n'est pas spécifiquement écologique.

Rencontre publique

Cet atelier s'est ponctué par la diffusion publique du film Les Z'écobâtisseurs, une utopie au m², qui retrace l'expérience de construction de cet habitat participatif à Caen. La diffusion a été suivie d'un débat public où il beaucoup été question du temps : temps de construction des chantiers avec de la paille, temps de construction des groupes, temps des discussions collectives, temps d’intégration des nouvelles personnes…